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Twitter: Trump peut-il dire n’importe quoi? Prise 2.

Publié le 01/06/2020 | par Steve Proulx

Frustré d’avoir été rappelé à l’ordre par Twitter, Donald Trump ouvre un nouveau front dans sa guerre contre la démocratie.

Trump Twitter
Photo : Shealah Craighead | Photo officielle de la Maison-Blanche

Drôle de coïncidence. Mardi dernier, je publiais ici une chronique sur les probabilités que Twitter modère les gazouillis déplacés de son plus célèbre microblogueur, Donald Trump. Mon analyse : ce serait assez improbable.

Juste pour me contredire (!), Twitter décidait de marquer l’histoire mardi dernier en signalant deux Tweets du président américain colportant des informations trompeuses à propos du vote postal.

Twitter Donald Trump
Source : Twitter
Tweet Donald Trump
Source : Twitter

« Nous préférons vous en avertir. »

Contrairement au terme utilisé par Trump (et par d’autres), Twitter n’a pas « censuré » les Tweets du président. Le réseau social n’a fait qu’ajouter un avertissement à la suite du gazouillis fallacieux : « Renseignez-vous à propos du vote postal ». L’avertissement pointait vers une section contenant des informations vérifiées sur le sujet, histoire de faire contrepoids aux théories du professeur Trump.

En fin de compte, c’est comparable aux avertissements qu’on nous sert avant un film : « Ce film contient des scènes de violence. Nous préférons vous en avertir. »

« Ce Tweet contient des niaiseries. Nous préférons vous en avertir. »

Touche pas à ma démocratie !

Twitter aurait eu moult occasions de « signaler » nombre de Tweets déplorables du président Trump. En matière de gazouillis discutables, l’homme est prolifique.

Or, pourquoi avoir choisi de signaler ces deux Tweets en particulier ? 

Dans ces deux Tweets, Trump cherche à miner la confiance du public envers ce qui représente le fondement de la démocratie : l’élection.

Il est carrément honteux qu’un élu cherche à tromper les électeurs quant à un mode de scrutin qui pourrait nuire à sa propre réélection. Que Twitter mette ses culottes et « signale » la manœuvre, je trouve que c’est rassurant.

Liberté d’expression à sens unique

Le drapeau rouge de Twitter aura mis le feu aux poudres. Deux jours après, alors que le nombre de victimes de la COVID-19 franchissait la barre des 100 000 décès aux États-Unis et que des manifestations contre le racisme éclataient partout au pays en réaction au procès entourant la mort de George Floyd, le président Trump trouvait du temps dans son agenda pour signer un décret présidentiel visant à « prévenir la censure en ligne ».

Je n’entrerai pas dans les détails de la procédure (lire ici). 

En gros, ce décret présidentiel vise à forcer les plates-formes sociales à rester complètement neutres. Trump souhaite interdire à Twitter, Facebook et consorts d’intervenir sur les contenus publiés par leurs utilisateurs, que ce soit pour les censurer ou les effacer.

Et ce, au nom de la liberté d’expression.

Rappelons que Twitter n’a pas censuré les propos de Donald Trump (c’est tout de même LA raison qui a poussé la signature de ce décret, jeudi dernier). 

Twitter n’a pas non plus effacé les Tweets du président ni empêché quiconque de les lire.

Twitter a simplement permis à d’autres informations d’entrer en concurrence avec celles colportées par le président.

Il me semble que le cas qui nous occupe est pas mal l’incarnation de la liberté d’expression que le président dit vouloir protéger : le président a été libre de dire n’importe quoi, et Twitter s’est donné le droit de répliquer. 

C’est ce qu’on appelle un débat.

Voir un président des États-Unis s’offusquer à ce point qu’une plate-forme ait pris l’initiative de fournir des outils aux citoyens pour qu’ils puissent mieux s’informer, c’est inquiétant. 

Nous sommes en présence d’un élu qui se prend pour un empereur. La vérité vient de lui, et de lui seul, et quiconque oserait le contredire commet un crime de lèse-majesté.

Une nouvelle baffe à la démocratie

Depuis 4 ans, ce président s’est employé à miner la confiance du public envers l’information en qualifiant de « fake news » les entreprises de presse et ses artisans qui ont commis l’odieux de ne pas boire ses paroles comme du petit lait.

Par ses attaques virulentes envers le 4e pouvoir, il s’est employé à « tuer la compétition » dans l’espoir d’empêcher un débat libre et ouvert. Et ça marche : la confiance du public envers les médias d’information est en crise, selon une récente étude.

Une information de qualité reste un pilier de la démocratie, que Trump est parvenu à fragiliser plus que n’importe quel autre président des États-Unis.

Aujourd’hui, c’est au tour de Twitter de se faire intimider par cet individu.

Twitter aurait-il dû intervenir dans les Tweets du président ? Sincèrement, je crois que c’était la bonne chose à faire pour favoriser la diffusion d’une information plus rigoureuse, moins déformée. 

Mais si Twitter exerce son droit de réplique à répétition, cela pourrait faire passer Trump pour une victime des « méchants médias de l’extrême gauche » et pousser ses admirateurs à se rallier encore plus derrière lui. 

Intervenir, c’est faire la bonne chose, mais c’est aussi donner à Trump des munitions pour qu’il puisse mieux galvaniser ses suiveux.

Ne pas intervenir, c’est laisser Trump dire toutes les niaiseries qui lui passent par la tête, et qui sauront galvaniser ses suiveux.

Dans les hautes sphères de Twitter, on doit sérieusement se gratter le coco. « Mais comment on en est arrivé là ? »

C’était si simple, au début, quand de jeunes codeurs avaient l’idée d’un système pour permettre à des gens d’envoyer des SMS à tous les copains en même temps. C’était en 2006. Les débuts de Twitter.

14 ans plus tard, c’est devenu la plate-forme qu’un président pitoyable a choisie pour détruire les piliers de la démocratie aux États-Unis.

Je pense qu’on peut dire qu’avec Twitter, on a créé un monstre…

+

Twitter, Facebook, Snapchat : comment Trump divise les réseaux sociaux, La Croix (04/06/2020)

Snapchat Removes President Trump’s Account from Discover Due to Comments About the #BlackLivesMatter Protests, SocialMediaToday (03/06/2020)


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Steve Proulx

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