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Trump mine la crédibilité des journalistes, c’est confirmé

Anne-Hélène Dupont

La tactique du président Donald Trump visant à miner la crédibilité de ceux qui le critiquent porte ses fruits, selon un nouveau rapport.

Donald Trump et les médias
Photo : Pau Casals | Unsplash

Depuis le début de son mandat, le 45e président des États-Unis accuse les médias de répandre de « fausses nouvelles », qualifie les journalistes d’« ennemis du peuple », de « malhonnêtes », de « corrompus », les range « parmi les pires êtres humains qu’on puisse rencontrer »… Ce stratagème est efficace, selon un nouveau rapport.

L’étude The Trump Administration and the Media, publiée par le Committee to Protect Journalists (CPJ), décrit les effets délétères de la présidence de Trump sur la liberté de la presse et la confiance du public envers les médias d’information.

« L’administration Trump a intensifié les poursuites contre les sources d’information, interféré dans les affaires des propriétaires de médias, harcelé des journalistes traversant les frontières américaines et autorisé des dirigeants étrangers à restreindre leurs propres médias », résume l’auteur du rapport, le professeur de journalisme à l’université d’État de l’Arizona et ancien rédacteur en chef du Washington Post Leonard Downie Jr.

« Mais le stratagème le plus efficace de Trump consiste à détruire la crédibilité de la presse, sapant dangereusement la vérité et le consensus alors même que la pandémie de COVID-19 menace de tuer des dizaines de milliers d’Américains », poursuit l’auteur. Ce dernier avait d’ailleurs critiqué en 2013 le manque de transparence de l’administration Obama dans un rapport analogue pour le compte du CPJ. 

Une situation alarmante

C’est cette fois un sentiment d’indignation alarmée qui se dégage des propos d’experts que rassemble le rapport. « Trump manque de respect à la presse en tant qu’institution démocratique de base », affirme RonNell Anderson Jones, professeure de droit des médias à l’université de l’Utah. Jonathan Peters, professeur de droit à l’université de Géorgie, voit pour sa part dans le dénigrement constant des journalistes et des médias auquel Trump se livre depuis son élection « un effort systématique pour délégitimer le rôle des médias dans la surveillance de l’exercice du pouvoir ».

La presse n’est cependant pas irréprochable dans cette crise de confiance, fait valoir Michael Hudson dans la Columbia Journalism Review. Le journaliste d’enquête américain montre du doigt la tendance à présenter les événements sous un angle sensationnaliste, au détriment de la richesse de l’information. « Il est plus tentant, par exemple, de couvrir un arrêt du gouvernement comme s’il s’agissait d’un match sportif entre Donald Trump et Nancy Pelosi que d’expliquer ce qu’une paralysie [shutdown] du gouvernement implique réellement », illustre-t-il.

Mais la paille dans l’œil médiatique ne doit pas faire oublier la poutre dans celui de Trump. En effet, l’actuel locataire de la Maison-Blanche a proféré 16 241 mensonges ou inexactitudes en trois ans de présidence, calculait le Washington Post en janvier dernier.



Une désolante collection

YouTube est une mine d’extraits montrant Donald Trump s’en prendre verbalement à des journalistes. En voici un petit florilège.

Jim Acosta (CNN) lui rappelle ses propos minimisant la COVID-19 pour lui demander : « Que dites-vous aux Américains qui croient que vous vous êtes trompé ? » Voilà une « question méchante et sarcastique », selon Trump.
« Que voulez-vous dire aux Américains qui ont peur ? », demande Peter Alexander (MSNBC) au sujet de la pandémie. « Que vous êtes un mauvais journaliste », répond le président.
« CNN devrait avoir honte de vous employer. Vous êtes un grossier et ignoble personnage », disait en 2018 Donald Trump à Jim Acosta, qui l’interrogeait sur l’enquête sur l’implication de la Russie dans l’élection présidentielle de 2016.
« Je ne pense pas, monsieur le président », dit Cecilia Vega (ABC News), sur le point de poser une question en conférence de presse. « Bien sûr que vous ne pensez pas ; vous ne pensez jamais », répond le président, sourire en coin.
En 2015, le candidat Trump se moquait du handicap du journaliste Serge F. Kovaleski pour le discréditer.