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Tënk: qualité plutôt que quantité

Publié le 01/08/2020 | par Pascaline David

Voilà quelques mois que la plateforme de diffusion de documentaires d’auteur Tënk a été lancée au Québec, après le succès de la version française d’outre-Atlantique. Ses fondatrices misent sur un travail de curation et de médiation pour guider les abonnés dans ce milieu très niché.

La bande-annonce de Leviathan, un documentaire
de Lucien Castaing-Taylor et Véréna Paravel, offert sur Tënk.

Tënk : 5 nouveaux documentaires par semaine. C’est tout.

En contrepoids au volume de contenus proposés par les innombrables plateformes de diffusion en ligne, Tënk prend son temps. Le temps d’appuyer ces regards personnels sur le monde que sont les documentaires d’auteur. « Il y a des documentaires qui ont été tournés dans les 1960 et qui sont encore d’actualité, car ils continuent à nous faire réfléchir aujourd’hui », illustre l’une des cofondatrices de Tënk, Florence Lamothe.

Mais comment se distinguer dans l’océan de contenus offerts ? En sélectionnant méticuleusement des œuvres plus rares et moins visibles. Et guider le public. « Certains sont des connaisseurs, mais d’autres ne savent pas du tout par où commencer », ajoute Florence Lamothe. De la même manière qu’un libraire conseille un ouvrage, Tënk est un service d’accompagnement des œuvres. En somme, on cherche à diffuser moins, mais mieux.

Chaque semaine, cinq films sont ajoutés sur la plateforme et restent accessibles pendant deux mois. Les abonnés ont accès en tout temps à plus d’une quarantaine de films, en version originale française ou sous-titrée en français, en contrepartie d’un abonnement mensuel ou annuel. « Actuellement, nous avons atteint notre objectif sur le plan des abonnements », dit Florence Lamothe, qui s’interroge sur le rôle potentiel de la pandémie dans ce succès.

Une plate-forme nécessaire…

S’il a été lancé en février 2020 au Canada, Tënk est un projet qui a démarré 4 ans auparavant, de l’autre côté de l’Atlantique, à Lussas, un patelin français. Ce « village documentaire », fondé par le cinéaste Jean-Marie Barbe, est une véritable pépinière du genre. Les activités de production et de diffusion y sont concentrées afin de faire la part belle au cinéma d’auteur en région.

« Dans le passé, le documentaire d’auteur a surtout été relayé par les chaînes télévisées, puis il a été complètement délaissé, explique Florence Lamothe. Fragilisé, il se cherche de nouveaux lieux de diffusion et c’est à ce besoin que répond la plateforme Tënk. »

Le besoin de visibilité dans le milieu du documentaire d’auteur était aussi bien présent au Québec. « On aurait simplement pu acheter les droits de diffusion au Canada, mais on a préféré créer une nouvelle entité ici pour qu’elle devienne un outil destiné à la communauté », explique Florence Lamothe. C’est sous la forme d’une coopérative de solidarité qu’est née Tënk. Ainsi, en tant que membres, tous les artisans du documentaire peuvent s’impliquer et décider des grandes orientations de la plateforme.

…et indépendante

Mais Tënk, et c’est sa plus grande force selon Florence Lamothe, demeure fondamentalement indépendante quant au choix des contenus. Cela implique un travail de revalorisation d’œuvres anciennes et moins anciennes, et de remises en contexte avec l’actualité. L’ancrage local des personnes responsables de la curation et de la programmation leur confère toute la légitimité pour assurer une grande représentativité des films québécois et canadiens.

Les œuvres proposées sur Tënk peuvent toutefois provenir de toutes les époques et de tous les pays, tant qu’ils touchent à des sujets pouvant résonner avec les enjeux canadiens politiques, sociaux ou artistiques. La cerise sur le gâteau : des films qui n’avaient jamais pu être visionnés par un public plus isolé en région sont maintenant accessibles.



Le numérique, oui… mais pas que

L’offre de diffusion en ligne a d’autres avantages, notamment celui d’offrir une visibilité à des genres très éclatés. Qu’il s’agisse d’animation, d’un court-métrage de trois minutes ou d’un long métrage de 5 heures, chacun y trouve sa place.

Mais le tout numérique s’imposera-t-il comme valeur suprême de la diffusion du documentaire ? Non, répond Florence Lamothe. « On croit beaucoup à l’importance de la salle; les Québécois continuent de s’y rendre pour visionner des documentaires, estime-t-elle. On aime aussi l’idée de se promener en région et de fréquenter les petits festivals. »

Du côté de Tënk France, c’est une habitude éprouvée. La présence dans les festivals physiques permet de toucher de nouveaux publics et de rencontrer les convertis. Mais la COVID-19 a mis un sérieux coup de frein à cela. Les distributeurs et diffuseurs devront être plus inventifs pour trouver public et financement. Propulsée par sociofinancement, Tënk Canada misera de son côté sur les abonnements et les partenariats avec le milieu.

La pandémie a aussi catalysé l’offre culturelle numérique gratuite, ce qui n’est « ni fiable ni rentable pour personne » selon Florence Lamothe. Voilà donc un modèle en plein bouleversement, dont l’avenir sera déterminé en fonction de l’attitude des consommateurs. « Les gens doivent comprendre que pour avoir de la qualité, ça coûte quelque chose », conclut-elle.

Les Québécois mettront-ils le cinéma documentaire en ligne dans leur panier bleu dans les prochaines années ? À suivre.


Pascaline David