Le média en ligne des médias en ligne

Les écrans

Le média en ligne des médias en ligne

Le côté sombre des écrans

Publié le 14/10/2020 | par Marie-Eve Shaffer

Un essai faisant la recension exhaustive des effets délétères d’une exposition quotidienne prolongée aux écrans vient d’être publié. Que devrait-on retenir du livre Les Écrans : Usages et effets, de l’enfance à l’âge adulte?

Les écrans - Stéphane Labbé
Photo : Kelly Sikkema | Unsplash

Les écrans sont omniprésents dans nos vies. Encore plus depuis le début de la pandémie de COVID-19. Une surconsommation de contenu numérique est pourtant néfaste, tant chez les enfants et les adolescents que chez les adultes.

Problème d’attention, difficulté de concentration et trouble de sommeil : voilà certains des effets délétères d’une exposition quotidienne prolongée aux écrans, d’après les multiples études réalisées sur le sujet. Voilà aussi le propos de cet essai rédigé sous la direction de Stéphane Labbé.

Le chercheur en culture et communications reconnaît de prime abord l’utilité des nouvelles technologies. « Sans l’environnement numérique, plusieurs évolutions techniques n’auraient pas vu le jour et plusieurs d’entre elles ont été salutaires pour la société, indique-t-il dans un échange de courriels. On n’a qu’à penser aux logiciels et formats de fichiers numériques qui aident les enfants dyslexiques dans leurs apprentissages. »

Un équilibre précaire

« Tout est une question d’équilibre, poursuit-il. Personnellement, j’essaie de limiter l’usage de l’écran par mon fils de 7 ans le matin et le soir, mais je suis conscient qu’il doit faire l’apprentissage de ces outils et de cet environnement, ne serait-ce que pour être de son temps et éviter la fracture numérique ».

Or, cet équilibre semble difficile à atteindre.

D’après les données rapportées par l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), les enfants canadiens de la 6e année du primaire à la 5e secondaire passeraient en moyenne 7,8 heures quotidiennement devant une télévision, une tablette ou un téléphone intelligent. Quant aux adultes, ils seraient vissés à leurs appareils 11 heures par jour, selon une étude réalisée en 2018 par la firme Nielsen (étude américaine).

Facultés cognitives réduites

En ayant les yeux fixés longtemps sur un écran, les jeunes enfants sont à risque de présenter des retards de langage, indiquent les études. Et même si les parents tentent de se déculpabiliser en leur proposant du contenu éducatif, il n’en est rien. Ils aggravent le problème. 

« Le visionnement d’émissions spécialisées pour enfants [est] plus souvent associé à de basses performances communicationnelles que le visionnement d’émissions pour adulte », lit-on dans le livre.

Les adultes compromettent eux-mêmes leurs capacités cognitives en regardant les écrans pendant une longue période. Par exemple, le multitâche, qui consiste à entreprendre plusieurs actions simultanément, comme de lire un article en ligne, répondre à un texto ou consulter son agenda, rend ceux qui le pratiquent plutôt inefficaces.

« Le multitasking diminue non seulement la capacité d’attention, mais également la qualité des tâches réalisées », précisent les auteurs.



Le bien-être menacé

En regardant des écrans pendant de longues heures, les adolescents seraient plus enclins à développer des troubles anxieux et dépressifs. Les réseaux sociaux contribuent d’ailleurs à les faire sombrer dans la dépression puisqu’ils les encouragent à se comparer.

Les adultes accros des réseaux sociaux ne sont pas en reste. Une étude de l’Université d’Innsbruck a démontré que « leur usage de Facebook est proportionnel à la dégradation de l’humeur » puisqu’ils estiment avoir « perdu » leur temps.

« Je suis d’avis que les médias sociaux n’ont rien de social : ils ont plutôt tendance à isoler les individus dans des bulles individuelles formatées », mentionne Stéphane Labbé, en précisant qu’il s’agit de son opinion.

Le contenu violent et pornographique

Le lien causal entre les comportements agressifs et le visionnement de contenus violents n’a pas été démontré explicitement par les chercheurs. Ils notent toutefois que les enfants peuvent développer des traumatismes.

Quant aux images pornographiques, il existe une corrélation entre leur consommation et les violences sexuelles. D’autres facteurs — environnementaux, culturels et éducatifs — doivent toutefois être pris en compte, indiquent les études.

Des solutions

Pour freiner la surconsommation des écrans, Stéphane Labbé propose d’adopter une « hygiène numérique ». Que ce soit grâce à un contrôle parental, des séances de sensibilisation, des activités de prévention à la cyberintimidation ou la reconnaissance du droit à la déconnexion.

« La société en générale saura trouver l’équilibre, avance Stéphane Labbé, confiant. Nous l’avons fait à chaque innovation technique importante. »

Les écrans - Stéphane Labbé

En librairie : Les Écrans : Usages et effets, de l’enfance à l’âge adulte, sous la direction de Stéphane Labbé, Éditions Fides.


Marie-Eve Shaffer

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *