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Le rapport parlementaire sur l’avenir des médias québécois est sorti

Patrick White

Le rapport parlementaire sur l’avenir des médias québécois a été diffusé mardi et propose diverses pistes pour tenter de juguler la crise actuelle.


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Le mandat d’initiative de l’Assemblée nationale avait été lancé en mars 2019. Une commission parlementaire avait suivi en août 2019, en plus d’audiences régionales. Bien de l’eau a coulé sous les ponts depuis, dont la faillite du Groupe Capitales Médias et la fermeture du magazine Voir.

Le rapport de 48 pages de la Commission sur la culture et l’éducation est unanime. Il propose diverses recommandations répartis en cinq thèmes :

  • La viabilité des modèles d’affaires à l’ère du numérique
  • Le financement des entreprises et des organismes de presse
  • La présence régionale et la valorisation du rôle local de l’information
  • L’indépendance des médias d’information
  • Le droit du public à l’information

Les principales recommandations sont :

  • Le gouvernement et les sociétés d’État devraient augmenter leurs dépenses publicitaires dans les médias locaux, régionaux et nationaux, et leur réserver un pourcentage significatif de celles-ci.
  • Les ministères et organismes publics devraient limiter les investissements publicitaires dans « les géants du numérique », soit les GAFA (Google, Apple, Facebook et Amazon), à un pourcentage établi.
  • Le gouvernement du Québec doit revendiquer auprès du gouvernement fédéral et travailler avec lui à la mise en place d’un nouveau régime fiscal visant entre autres les entreprises numériques étrangères, dont les GAFA.
  • Les télévisions communautaires devraient obtenir le droit de diffuser des messages publicitaires contre rémunération.
  • Le ministère des Affaires municipales et de l’Habitation devrait s’assurer que les conseils municipaux permettent l’enregistrement et la diffusion de leurs séances, en plus de les rendre accessibles aux journalistes et aux employés des médias d’information écrits ou électroniques à des fins de reportage.

C’est un bon début, mais le rapport ne règle rien

Le Parti libéral du Québec aurait voulu que le gouvernement du Québec n’attende pas Ottawa et commence à taxer les géants du web. Aucun rôle n’est suggéré, par ailleurs, pour Télé-Québec dans le domaine de l’information régionale.

Les partis d’opposition voulaient aussi que le crédit d’impôt sur la masse salariale des salles de rédaction des médias écrits soit élargi aux salles de rédaction des stations de radio et de télévision, ce qui ne sera pas fait.

La commission a reçu 87 mémoires et a entendu plus de 50 intervenants, tous des acteurs ou des observateurs des médias, que ce soit au sein de la presse écrite, de la radio, de la télévision ou du numérique.

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États-Unis : 29 000 emplois perdus

Selon le magazine The Intercept, la moitié des emplois dans les salles de rédaction de journaux aux États-Unis a été perdue depuis 15 ans. Les journaux font désormais partie de chaînes financées par des banques d’investissements. D’ailleurs, des villes comme Pittsburgh n’ont même plus un seul quotidien papier.

Le magazine Variety a encore plus de détails : les mises à pied dans les médias américains en 2020 devraient atteindre un record. À la fin octobre, 28 637 emplois avaient été abolis dans le secteur des médias, contre 28 803 en 2008 durant la crise financière. Et l’année n’est pas terminée.  

  • La crise des médias est permanente : il y a eu 15 474 licenciements en 2018 aux États-Unis et un peu 10 000 en 2019. 
  • Les grands groupes médiatiques, incluant ViacomCBS, Comcast, et Disney, ont licencié moins que les autres en raison de la pandémie.
  • D’autres industries ont souffert encore plus, par exemple les loisirs (845 945 pertes d’emplois) et le commerce de détail (179 520 emplois perdus).

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En rafale 


PUBLIÉ LE 04/12/2020


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