Les écrans

Du temps d’écran bien investi

Patrick Senécal fait frissonner notre télé

Philippe Couture

Suspense, mystère et tension : l’auteur à succès offre la série d’horreur Patrick Senécal présente, dix épisodes de 30 minutes faisant chaque fois découvrir des personnages et des histoires différentes.

Photo : Karine Dufour

Pourquoi avez-vous embarqué dans ce projet, imaginé au départ par le producteur Michael Mosca ?

Patrick Senécal : « Je n’écris pas très souvent sur commande, mais je suis néanmoins toujours ouvert à ce genre de proposition. Et, dans ce cas-ci, même si je ne suis pas un expert du format de série anthologique et que j’en avais moi-même peu regardé avant, j’ai été séduit par l’idée de Michael, qui s’est vite associé à Zone 3 et à Club Illico (diffuseur de la série). Des épisodes courts, chaque fois de nouveaux personnages, de nouveaux lieux, des histoires qui ne se ressemblent pas et qui évoluent dans différents univers. C’est une écriture qui est proche de celle de la nouvelle littéraire, un format qui me plaît particulièrement. Le Québec n’ose pas souvent ce format, ni d’ailleurs le genre de l’horreur, et Illico cherchait à diffuser quelque chose de jamais vu dans notre marché. Les astres se sont alignés. »

Vous apparaissez vous-même à l’écran au début de chaque épisode en tant que narrateur, à la manière de Alfred Hitchcock présente

P.S. : « C’est un clin d’œil direct à cette émission des années 1950, mais on a cherché d’emblée un autre ton. Hitchcock introduisait son émission sur un ton comique qui ne correspond plus à l’ambiance aujourd’hui associée à la série d’épouvante. J’ai tout de suite aimé l’idée de me mettre en scène en écrivain d’une autre époque, qui tape sur sa machine à écrire. On s’amuse à transposer l’univers de l’écrivain de façon un peu mystérieuse et glamour. Il s’agit d’inscrire la série dans une approche ludique de la narration, mais aussi de rappeler l’importance du texte, d’évoquer le geste d’écriture. Deux des épisodes sont par ailleurs issus de nouvelles que j’avais déjà écrites et publiées auparavant ; c’est un rappel sympathique de cette origine littéraire. J’ai toutefois un peu hésité à nommer la série par mon nom et à me mettre de l’avant à ce point. Ça me paraissait présomptueux. Ils m’ont convaincu en me rappelant que mon nom est avant tout associé à un univers précis que les Québécois reconnaissent tout de suite. On sait à quoi s’attendre avec du Patrick Senécal. C’est dans cet esprit-là qu’on utilise mon nom, pas simplement pour flatter mon ego. »

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Ces intros rappellent aussi l’émission Fais-moi peur, qui a accompagné l’enfance des membres de la génération Y…

P.S. : « On m’évoque souvent cette référence, en effet. Il y a bien une parenté avec les séquences de narrations en début d’émission autour du feu, et le même principe d’anthologie avec des histoires qui font peur. Je n’ai pas eu la chance de regarder une telle série pendant ma propre enfance, mais j’aurais adoré ça, c’est certain. Ça aurait clairement été mon émission préférée. J’espère que les fans de Fais-moi peur seront au rendez-vous sur Club Illico. »

En matière d’anthologie, le reste du monde a de l’avance sur le Québec. Quelles séries internationales vous ont-elles inspirées ?

P.S. : « Le Québec a quand même récemment fait naître la websérie Terreur 404, de Sébastien Diaz, qui s’est illustrée avec raison dans les festivals à l’étranger. C’est réjouissant d’arriver après une série d’une telle qualité. Sinon, je me suis évidemment replongé dans Alfred Hitchcock présente, et aussi dans certains épisodes de Twilight Zone. Je suis même retourné jusqu’à Bizarre Bizarre, une émission de ma jeunesse qui était plutôt dans le registre fantastique. Plus récemment, j’ai bien aimé Channel Zero. J’adore le fait que ces séries installent un climat horrifique en très peu de temps et progressent vraiment vite jusqu’à un climax intense. Ça se termine dans le feu de l’action, au moment le plus sanglant, et ensuite tu dois laisser ton imaginaire continuer le récit tout seul. C’est terrifiant. »

Contrairement à vos romans qui assument des univers gore, la série évolue en dentelle dans le mystère et le suspense. Pourquoi ?  

P.S. : « Dans les nouvelles et les histoires courtes, j’aime toujours prioriser le mystère. Le format sert bien ce type de narration. Il s’agit de créer des univers aux ambiances suspectes, lourdes et ambigües, et de placer les personnages dans l’action, plutôt que dans un registre d’introspection psychologique. Il faut comprendre ces personnages par leurs réactions à un univers et à des atmosphères, plutôt que par le biais de leurs pensées ou de leurs dialogues. J’ai volontairement écrit des répliques courtes et allusives. Ce n’est pas une écriture verbeuse. Pour que ça marche, il fallait une collaboration étroite avec le réalisateur Stéphane Lapointe. Lui et moi avons beaucoup parlé. Il a fallu qu’on s’accorde pour déterminer les ambiances — elles sont feutrées, un peu aériennes, et elles sont vraiment au cœur de la série. »

Comment décririez-vous l’expérience, nouvelle pour vous, d’écrire directement pour la télé sans adapter un roman ?

P.S. : « Étrangement, j’ai trouvé cela plus facile que les adaptations. Adapter une œuvre littéraire pour la télé, c’est d’une complexité infinie. Il faut beaucoup de talent pour traduire en images la richesse d’une bonne description littéraire ou d’une narration centrée sur l’introspection du personnage. Écrire ces épisodes directement pour la télé a donc été un vrai plaisir pour moi. Il faut que chaque demi-heure soit comme une claque sur la gueule, ou un tour de montagnes russes. Ton imaginaire se met tout de suite à penser en images et en actions, à faire naître du mouvement. Le gros défi, c’est de faire rentrer en 21 petites minutes une histoire qui va susciter des émotions fortes. J’ai aussi trouvé difficile d’en écrire dix en peu de temps. Il fallait dix idées, dix concepts, dix développements, dix galeries de personnages. Les Américains écrivent ce genre de série avec des équipes complètes de scénaristes, souvent plus d’un par épisode… »

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Les cinq premiers épisodes de Patrick Senécal présente seront en ligne dès le 25 février sur Club Illico. Cinq autres épisodes seront mis en ligne à l’automne.


PUBLIÉ LE 24/02/2021


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