Les écrans

Du temps d’écran bien investi

Passeport culturel de Télé-Québec : une expérience à répéter

Benoît Valois-Nadeau

Né alors que les salles de spectacle fermaient les unes après les autres, le Passeport culturel de Télé-Québec a permis au public de maintenir un lien avec les arts vivants et aux artistes de sauver leurs spectacles des oubliettes. Bilan d’une initiative qui risque de faire des petits.

Photo : Bleu Jeans Bleu en téléski, plus grand succès de la grille. | Télé-Québec

Au printemps 2020, Télé-Québec avait déjà dans ses cartons des plans pour la captation de spectacles, principalement musicaux. Comme partout ailleurs, la crise sanitaire est venue changer la donne.

« Plus la crise avançait, plus on réalisait que ce budget ne pouvait pas servir uniquement à des prestations musicales, explique Virginie Langlois, directrice des contenus grand public chez Télé-Québec. Il fallait vraiment aider l’ensemble des arts vivants. »

La face cachée de la Lune, Les Hardings, Pour une histoire d’un soir, L’origine de mes espèces, Danse en trois temps… En tout, une douzaine de spectacles de musique, de théâtre et de danse ont été présentés sur les ondes du diffuseur public depuis l’automne dernier.

On a ainsi pu voir autant des œuvres qui s’apprêtaient à être présentées sur scène au moment du déclenchement de la pandémie (Le petit prince) que d’autres (Rallumer les étoiles à Lac-Mégantic, Une soirée de Qualité au motel Coconut), conçues expressément pour la télévision.

Faire la différence

« On avait à la chance de faire une différence, alors on s’est demandé comment bien le faire », se rappelle Virginie Langlois.

La réponse est venue d’un équilibre entre œuvres classiques et nouvelles voix, et entre artistes de la relève et « incontournables » du paysage culturel.

Le principal défi aura été de transposer les œuvres au petit écran dans un format dynamique.

« Pour nous, c’était important de ne pas tomber dans le piège du télé-théâtre et de filmer du théâtre en “2 D’’. On voulait pousser la réflexion plus loin et les trois maisons de productions impliquées (Blimp, Déferlantes, KOTV) sont arrivées chacune avec des approches différentes et originales. »

Pas question non plus de « brûler » un spectacle en le présentant intégralement à la télévision.

« Ce que vous voyez, ce n’est pas exactement le spectacle que vous allez voir sur scène, dit Virginie Langlois. On les a adaptés en ajoutant des portions documentaires, des vues des coulisses et en ne présentant pas tous les contenus. Tout ce que souhaite, c’est donner aux gens l’envie d’aller voir les spectacles en salles. »



Succès

Les téléspectateurs semblent avoir adopté la formule.

Le plus grand succès de la grille, Bleu Jeans Bleu en téléski, a attiré un auditoire cumulé de 532 000 personnes. La première diffusion a retenu 16,5 parts de marché, un sommet pour Télé-Québec durant la période des Fêtes, devançant même Ciné-Cadeau!

« Je suis super contente de la réaction du public, dit Virginie Langlois. Les gens nous ont prouvé qu’ils avaient envie de consommer des arts vivants et qu’ils sont prêts à voir des approches différentes. »

Autre grand succès : La face cachée de la Lune, de Robert Lepage, sur la scène du théâtre Le Diamant de Québec. La pièce, la première diffusée en direct à la télé québécoise depuis 2003, a rejoint une moyenne de 379 000 spectateurs, pour une part de marché de 15 %.

Seul bémol : les critiques soulevées en raison des nombreuses publicités qui venaient interrompre la représentation.

« On a travaillé avec Robert Lepage pour structurer la pièce ainsi, avec certaines pauses. C’est sûr qu’on peut s’ajuster et qu’on le fera peut-être différemment dans l’avenir », admet Virginie Langlois.

Une expérience à répéter

Le budget de Télé-Québec pour la captation d’événements est prévu pour les cinq prochaines années et la direction est déjà à préparer la programmation de la prochaine saison.

Une telle initiative aura-t-elle toujours sa place lorsque la vie normale aura repris son cours? Virginie Langlois pense que oui.

« On ne remplacera jamais un show live, mais on peut permettre à ceux qui ne peuvent pas se déplacer, ou qui habitent dans une région où le spectacle ne se rendra pas d’avoir accès à la culture. Démocratiser l’art, c’est d’abord le rendre accessible. »


PUBLIÉ LE 25/05/2021


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