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Est-ce que tout le monde a bien partagé ses photos de vacances?

Publié le 15/08/2020 | par Mahé Cayuela

Cette année, les photos de vacances partagées sur Instagram et Facebook se ressemblent encore plus que d’ordinaire.

Une photo des vacances à Trois-Pistoles de l’éditeur de Les écrans, Steve Proulx, partagée sur Instagram.

Cette année, en raison de la pandémie de COVID-19, personne ne peut plus documenter chaque instant de son road-trip en Asie du Sud-Est ou partager des photos de ses orteils dans le sable de Cayo Coco.

Non, cette année, nous sommes tous allés en Gaspésie, au Bas-Saint-Laurent, au Saguenay. Et nous avons tous partagé les mêmes photos du même coucher de soleil sur le fleuve Saint-Laurent.

Mais qu’est-ce qui pousse les gens à partager leurs photos de vacances ?

L’humoriste et animateur William Haynes, cité dans le New York Times, pose la question de cette façon : « À quoi sert-il d’avoir des vacances à moins de pouvoir en parler immédiatement aux gens ? »

Or, ce besoin de reconnaissance et la recherche de validation par ses pairs ne sont pas des comportements propres aux personnes narcissiques et peu sûres d’elles. Ce serait une réaction naturelle du cerveau.

Une affaire d’hormones

La minisérie Dopamine, diffusée en 2019 par la chaîne de télévision franco-allemande Arte, décrypte les mécanismes du cerveau lorsque nous sommes sur les réseaux sociaux.

L’humain étant un animal social en constante quête d’approbation, la validation sociale est un besoin fondamental.

Lorsque l’on reçoit un « J’aime », notre cerveau reçoit l’information comme étant une récompense sociale réelle. Il sécrète alors la molécule responsable du plaisir, de la motivation et de la dépendance : la dopamine.

Qui plus est, le système dopaminergique ne possède aucun système de satiété. Nous ne sommes donc jamais rassasiés de ces « J’aime ».

Cette dépendance aux likes nous pousse à publier encore plus de photos pour satisfaire notre besoin de validation sociale.

Narcissisme moderne

Ce besoin de se montrer les pieds pendants au bout du quai s’explique peut-être également par une forme de narcissisme bien moderne.

« Davantage de narcissiques seront actifs sur les réseaux sociaux, car ces plateformes leur permettent d’adopter des comportements exhibitionnistes, de recherche d’attention et d’autopromotion », selon un article de Social Media Today.

Le narcissisme n’étant pas un trait de personnalité stable, mais plutôt une manifestation largement dépendante de l’environnement, les médias peuvent influencer nos comportements narcissiques.

Une étude montre que les personnes exposées à des personnages de téléréalité narcissiques présentent immédiatement des niveaux plus élevés de narcissisme.

De la même façon, les adolescents qui utilisent Facebook affichent plus souvent des tendances narcissiques que leurs pairs. L’utilisation accrue de Facebook est également directement liée au narcissisme chez les adultes, toujours selon Social Media Today.

En fin de compte, est-ce bien nouveau ?

« À l’ère pré-Internet, les vacances étaient jugées par la qualité des souvenirs que nous rapportions dans nos bagages à main mentaux », expliquait Christopher Muther dans un article du Boston Globe de juillet 2016.

N’est-ce pas à l’ère pré-internet, d’ailleurs, que nos grands-parents organisaient des soirées pour exhiber leurs diapos de vacances, projetés sur un drap blanc ?

N’est-ce pas chez ces mêmes grands-parents que les murs et commodes croulaient sous les photos de familles, que les bibliothèques pliaient sous le poids de dizaines d’albums photo ?

Sommes-nous réellement plus narcissiques que nos aïeux, ou avons-nous seulement plus d’outils pour l’être ?

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Mahé Cayuela