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On a essayé Quibi, la vidéo en format collation

Publié le 21/04/2020 | par Anne-Hélène Dupont

Lancée le 6 avril dernier, la plateforme de diffusion vidéo Quibi propose des émissions en courtes tranches de dix minutes ou moins. Au moment où les écrans sont plus que jamais présents dans nos vies, cette plateforme conçue expressément pour les appareils mobiles en vaut-elle le coup ? On a fait le test.

Image : Quibi

Les créateurs de Quibi, l’ancien patron de Disney Jeffrey Katzenberg en tête, destinaient leur plateforme à être regardée dans les transports en commun, pendant les pauses au travail ou en file pour acheter son café.

Or, Quibi entre dans nos téléphones au moment où autobus et métros sont déserts et où, entre les périodes de travail, nous sommes nombreux à vouloir délaisser ces écrans sur lesquels se déroulent désormais nos réunions, nos 5 à 7 et même nos fêtes familiales. Il reste toujours le petit coin, comme le suggère une pub de papier hygiénique diffusée sur la plateforme… ou encore la file physiquement distanciée devant la SAQ.

Opération charme

Dans ce contexte inédit, convaincre les spectateurs de payer pour un autre abonnement mensuel représente tout un défi — d’autant plus que le forfait mensuel de base à 6,99 $ ne nous épargne pas les pubs. Pour ça, il faudra allonger trois dollars de plus par mois — mais seulement dans trois mois.

Tout de même, durant sa première semaine, Quibi est parvenu à enregistrer pas moins de 1,7 million de téléchargements.

Quibi prend les grands moyens pour nous séduire : la plateforme américaine propose ses émissions gratuitement pendant trois mois. Arrivera-t-elle à nous accrocher d’ici là?

L’entreprise a aussi rassemblé de grosses pointures : Stephen King signera une série d’horreur que l’on ne pourra regarder qu’à la nuit tombée, Jennifer Lopez anime une version hollywoodienne de Donnez au suivant intitulée Thanks a Million et Christoph Walz incarne à nouveau un méchant délicieusement détaché dans Most Dangerous Game.



Des contenus… inégaux

Comme je lis ces jours-ci La Lutte de Mathieu Poulin, Fight Like Girl m’a semblé l’émission toute désignée pour découvrir le format « quick bites » qui donne son nom à la plateforme. Le concept : dans chaque épisode, une lutteuse de la WWE aide une femme « ordinaire » à se refaire une confiance en elle à travers un entraînement de boxe.

Verdict : compressées en moins de dix minutes, ces dix semaines d’évolution perdent toute capacité à nous émouvoir. Pas de révélations poignantes, de revirements déchirants ou de petites victoires émouvantes. Insipide.

Chrissy’s Court — l’équivalent de L’Arbitre, mais animé par une mannequin — donne une semblable impression de coquille vide.

La brièveté sert mieux les émissions d’information, comme Sexology (qui prend à bras le corps la pandémie et offre sur un ton sympathique des conseils pour la vie sexuelle pendant le confinement) ou encore Around The World de la BBC. Mais pour des nouvelles de ce qui se passe chez nous, il faut nous contenter de NewsDay, un condensé d’actualité de CTV News. Aucun contenu proprement québécois à l’horizon.



Un nouveau format à exploiter

Et là où Quiby tire le plein profit de son format, c’est lorsqu’elle nous livre des intrigues de plus longue haleine découpées en courts chapitres. Most Dangerous Game, par exemple : chaque chapitre de ce suspense sur un homme (Liam Hemsworth) qui accepte contre une copieuse rémunération de devenir la proie d’une chasse à l’homme dans Detroit est diablement bien ficelé. J’ai regardé les 12 premiers épisodes en une demi-journée avec une avidité obsessive, et l’intrigue m’a hantée pendant mon jogging du lendemain (ceux qui le regardent comprendront). Maintenant que j’en suis réduite à attendre un nouveau chapitre chaque jour, je me ronge les ongles d’impatience.

Il faut souligner que la qualité visuelle et sonore des productions de Quibi, semblable à celle de Netflix, qui les distingue de la moyenne des contenus diffusés sur les autres plateformes de vidéos brèves, comme YouTube, Instagram et TikTok.

Si, jusqu’à maintenant, les réalisateurs semblent avoir peu exploité les possibilités techniques qu’ouvre la possibilité de regarder la vidéo en orientation portrait ou paysage sur Quibi, on se prend à imaginer des intrigues livrées selon le point de vue d’un personnage ou d’un autre, selon l’angle dans lequel on tiendrait le téléphone.

À défaut de pouvoir regarder Quibi en s’accrochant de l’autre main à un poteau d’autobus, voilà qui pourrait nous convaincre de rester quelques minutes de plus aux toilettes ou nous réconcilier avec les files d’attente.


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Anne-Hélène Dupont