Les écrans

Du temps d’écran bien investi

Olivier Niquet, collectionneur de la bêtise

Steve Proulx

Depuis 2006, le coanimateur de l’émission La soirée est (encore) jeune, Olivier Niquet, accumule sur son site Le club des mal cités des perles radiophoniques et d’autres déclarations tristement mémorables. Entrevue.

Photo : Léa-Kim Châteauneuf

Comment as-tu commencé cette collection de lapsus comiques et de déclarations malheureuses dans les médias?
Olivier Niquet : « J’ai commencé avec des citations sportives pour Le Sportnographe. Quand Le Sportnographe est devenu une émission de radio, j’ai tranquillement commencé à m’éloigner du sport pour intégrer ce qui se dit aussi dans les médias en général. C’est devenu Le club des mal cités. Au départ, je le faisais surtout pour mes archives personnelles, car j’ai une grosse banque de fichiers audio. Je me suis dit que je pourrais aussi en faire profiter les gens… pour la postérité ! »

Denis Gravel (Radio X) à propos de son rapport à la vérité.
Source : Le club des mal cités

Où trouves-tu tous ces extraits? As-tu des rapporteurs?
O.N. : « Comme je le fais pour l’émission La soirée est (encore) jeune, ça fait partie de mon travail à la radio. Je passe quand même beaucoup de temps à écouter différentes stations, mais j’ai en effet des gens qui me pistent pour trouver certains trucs. Je n’ai pas de recherchiste, c’est moi qui écoute tout ça. J’ai donc besoin d’aide pour trouver ce qui aurait pu m’échapper. Cela dit, avec le temps, je suis rendu assez efficace pour trouver les segments qui ont du potentiel sur les sites Web des différentes stations de radio. En fonction de l’intervenant ou des sujets qui seront abordés, je sais qu’il y a de bonnes chances de mettre la main sur quelque chose de croustillant. »

As-tu relevé des tendances au fil des ans dans l’univers de la déclaration malheureuse?
O.N. : « Ça dépend toujours des grands enjeux du moment. Lors de la crise étudiante de 2012, c’était un peu l’âge d’or des animateurs polémistes. Ils en parlaient jour et nuit. C’est aussi ce qu’on voit en ce moment avec le coronavirus. Quand il y a de grosses crises, c’est une mine d’or pour les polémistes. Autrement, je pense que la présidence de Donald Trump a un peu libéré la parole. Mon analyse n’est pas scientifique, mais il me semble que depuis Trump, les polémistes à la radio se sentent plus “lousses” quand vient le temps de mentir ou de désinformer. »

Maxime Bernier, qui compare la COVID-19 aux accidents de voiture.
Source : Le club des mal cités

Parlons de Radio X, une station qui a fourni de belles perles à ta collection. As-tu reçu des menaces des fidèles de la station?
O.N. : « Des menaces, non. Des critiques, oui. On me reproche souvent de prendre des citations hors de leur contexte. Sauf que le contexte, je l’explique, et je ne fais jamais dire à ces gens des choses qu’ils n’ont pas dites. Si c’était le cas, après plus de 10 ans, je pense qu’on m’aurait poursuivi depuis longtemps ! »

Éric Duhaime, qui trouve que la COVID-19 est un « petit vent ».
Source : Le club des mal cités

Avec le Web, une déclaration malheureuse à la radio peut devenir virale. As-tu un exemple d’une déclaration qui serait peut-être passée inaperçue il y a 20 ans?
O.N. : « Je pense à Éric Duhaime qui a dit “vaut mieux de la mauvaise information que pas d’information pantoute”. Ce n’est pas scandaleux, mais c’est révélateur de sa façon de penser. Cette phrase, les gens la ramènent souvent quand ils parlent d’Éric Duhaime. »

Éric Duhaime, candide.
Source : Le club des mal cités

As-tu un nouveau livre de citations en préparation? Peut-être les plus belles perles des radios-poubelles?
O.N. : « Je n’ai pas tellement envie de m’attaquer aux radios d’opinion. Premièrement, les réactions ne seraient pas super le fun, quand je vois ce qui est arrivé à Dominique Payette, qui a écrit un livre sur les radios de Québec et qui s’est fait ramasser solidement. Je ne suis pas un militant. J’ai commencé à faire cette collection pour une émission d’humour, mais aussi pour faire réaliser aux gens que ce type de discours existe, le faire sortir de sa chambre d’écho. »


PUBLIÉ LE 17/05/2021


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