Les écrans

Du temps d’écran bien investi

Comment Netflix uniformise la façon de raconter des histoires

Steve Proulx

L’an dernier, Netflix avait écrit une page d’histoire en récoltant un nombre record de nominations aux Oscars (24). Une première pour une plateforme de diffusion en continu.

Photo : Les tribus d’Europe | Netflix

Cette année, Netflix écrit une autre page d’histoire en fracassant son record de l’an dernier (35 nominations), se propulsant ainsi loin devant les autres grands studios d’Hollywood. Mais ce que Netflix change surtout, ces sont les histoires et la façon de les raconter.

Cette chronique a d’abord été publiée dans l’infolettre InfoBref du samedi 20 mars. Pour s’y abonner, c’est par ici.

Netflix et la course aux Oscars 

Oui, un vent de changement souffle sur Hollywood. En décrochant 35 nominations aux Oscars, dont deux dans la catégorie du Meilleur film, Netflix s’impose comme la nouvelle superpuissance dans l’industrie du cinéma.

La conquête de Netflix est impressionnante. En 2014, la plateforme récoltait sa première nomination aux Oscars pour un documentaire sur la révolution égyptienne (The Square).

À peine sept ans plus tard, Netflix coiffe tous les autres grands studios au palmarès des nominations : plus du double des nominations décrochées par Amazon, son plus proche rival, et plus de quatre fois celles décrochées par Walt Disney et Warner Bros.

Bien entendu, la fermeture des cinémas pendant une bonne partie de 2020 a contribué à cette domination des plateformes numériques dans l’actuelle course aux Oscars.

Il n’empêche, le streaming en général et Netflix en particulier sont désormais aux premières loges du 7e art mondial. Et ce sera encore le cas après la pandémie.

Comme dirait l’autre : la game vient de changer.

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L’effet Netflix 

Les observateurs de l’industrie parlent depuis quelques années déjà de « l’effet Netflix », sans trop s’entendre toutefois sur une définition formelle du phénomène.

En ce qui me concerne, l’effet Netflix, c’est la mainmise d’une seule entreprise sur ce qu’on pourrait appeler la « culture mondialisée ».

D’un côté, Netflix nous donne accès à des films et des séries provenant des quatre coins du monde : Allemagne, Corée du Sud, Russie, Turquie, France, Espagne, Afrique du Sud.

De l’autre, peu importe dans quel pays elles sont nées, les productions Netflix ont toutes un petit air américain.

Trois exemples

Le film québécois Jusqu’au déclin, produit par Netflix et racontant le cauchemar d’un groupe de survivalistes, aurait pu avoir été tourné dans une forêt du Michigan avec des acteurs américains — sans changer une ligne au scénario. La bagarre finale entre les deux protagonistes est d’ailleurs assez inédite dans le cinéma québécois ; c’est toutefois la fin classique d’à peu près tous les films d’action américains depuis des décennies.

En fait, Jusqu’au déclin est un film américain tourné dans la langue de Félix Leclerc.

J’ai regardé récemment la série allemande Les tribus d’Europe. Une série post-apocalyptique classique qui s’adonne à se dérouler quelque part en Allemagne. Une série américaine, tournée dans la langue de Goethe.

J’ai regardé le film sud-coréen #Alive. Une histoire de zombies à la Walking Dead, mais avec des acteurs locaux. Je n’ai strictement rien appris de la culture sud-coréenne, j’ai seulement regardé un autre film de zombies.

Voilà ce qu’est pour moi l’effet Netflix. Un rouleau compresseur culturel d’une ampleur inégalée. Une machine à planter des histoires américaines aux quatre coins du monde, en les faisant passer pour des productions « internationales »…


PUBLIÉ LE 24/03/2021


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