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Musique en continu: les chansons anti-police ont la cote

En marge de l’affaire George Floyd, les hymnes anti-brutalité policière de Childish Gambino, N.W.A et Kendrick Lamar sont écoutés massivement.

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Photo : Nathan Dumlao | Unsplash

Plus ça change, plus c’est pareil. Les paroles de Fuck Tha Police, le hit composé par Ice Cube et MC Ren en 1988, semblent coller parfaitement au mouvement actuel de lutte contre la violence policière, attisé par la mort de Georges Floyd le 25 mai. « Fuck the police comin’ straight from the underground / A young nigga got it bad ’cause I’m brown », chantait Eazy-E de toute la puissance de son flow. La chanson, qui a érigé N.W.A au statut autoproclamé de « groupe le plus dangereux du monde », a connu une augmentation de 272 % de ses écoutes en flux continu entre le 27 mai et le 1er juin, d’après les chiffres d’Alpha Data cités par le magazine Rolling Stone.

Aux États-Unis, elle a été particulièrement écoutée les dimanche 28 et lundi 29 mai, jours d’intensification des manifestations contre la brutalité policière partout au pays. Un phénomène similaire s’était produit en 2015 lors des manifestations de Ferguson à la suite de l’affaire Michael Brown, bien qu’à plus petite échelle.



Un effet TikTok ?

Du rap old-shool des années 1980 jusqu’aux succès hip-hop actuels, il n’y a qu’un pas : les Américains ont aussi remis au cœur de leurs listes d’écoute du moment la chanson This is America, de Childish Gambino, dont les écoutes ont bondi de 149 %. Certainement l’un des plus gros phénomènes de la pop des cinq dernières années, en partie grâce à son clip percutant multipliant les images de violence policière, la chanson de Donald Glover avait d’ailleurs commencé à connaître une nouvelle hausse de popularité il y a quelques mois sur TikTok, dans des vidéos dénonçant le meurtre d’Ahmaud Arbery, le jeune Noir abattu en Géorgie à la fin février.

Les écoutes de la chanson Alright, de Kendrick Lamar, ont aussi augmenté de 71 % à la fin mai, de même que celles de Fight The Power, de Public Enemy (+89 %), et The Charade, de D’Angelo and the Vanguard’s (+122 %).

On remarque aussi un engouement pour des succès de l’époque de la lutte pour les droits civiques menée par Martin Luther King, notamment le classique Say It Loud — I’m Black and I’m Proud, de James Brown, paru en 1968, et I Wish I Knew How It Would Feel to Be Free, de Nina Simone, enregistrée en 1967.

L’écoute en continu, écho des mouvements sociaux

Rappelons-nous le printemps arabe en 2011. Alors que le monde entier observait la jeunesse tunisienne ou syrienne se soulever, les Occidentaux ont soudainement tendu l’oreille et découvert de jeunes rappeurs arabes engagés, à qui les médias ont prêté un pouvoir politique révolutionnaire. Ce fut le cas de El General, rappeur tunisien interprétant la chanson Raïs el-Bled : succès monstre dans le monde arabe comme en Europe, notamment grâce à YouTube.

Au Québec l’année suivante en plein soulèvement étudiant, bien que des statistiques d’écoute ne soient pas disponibles pour le confirmer, on se rappelle les haut-parleurs rugissant les chansons La manifestation, des Cowboys Fringants, ou Libérez-nous des libéraux, de Loco Locass.

L’an dernier en France, en plus de générer la production spontanée de dizaines de chansons de révolte propulsées sur les réseaux sociaux, les manifestations des gilets jaunes ont permis à un rappeur toulousain inconnu de connaître un succès inespéré : sa chanson Gilet jaune a été visionnée plus de 8 millions de fois sur YouTube et a connu un nombre d’écoutes enviable sur Spotify.

Chaque fois, sans surprise, dans une ère où le rap domine de plus en plus le marché, les mouvements de contestation sociale puisent leurs chansons de ralliement dans le répertoire hip-hop. Le rap d’hier, comme celui d’aujourd’hui, constitue la trame sonore de la révolte.


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Philippe Couture

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