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Mulan sur Disney+: un tournant pour le cinéma?

Publié le 28/08/2020 | par Mahé Cayuela

Le 4 septembre prochain, ce n’est pas au cinéma que le public aura la chance de retrouver Mulan, mais sur la plateforme Disney+.


Après avoir repoussé la sortie de la version en prise de vues réelles de Mulan en raison de la pandémie de COVID-19, Disney a annoncé début août que le film serait uniquement offert sur sa plateforme de diffusion en continu Disney+.

C’est donc de leurs sofas, à l’abri de toute contamination, que les abonnés à la plateforme pourront visionner le nouveau Mulan pour 35 $.

Mais qu’est-ce que cette sortie signifie pour l’avenir du cinéma ?

Salles de cinéma en péril

Cette annonce a beaucoup fait réagir. Certains annoncent même la mort du cinéma en salle.

Dans une vidéo intitulée Disney va tuer le cinéma, le youtubeur français In the Panda décortique et analyse l’impact de la non-sortie en salle de Mulan.

Selon lui, avec cette décision, Disney pourrait mettre en danger l’industrie du cinéma, déjà très affectée par la pandémie.

En effet, dans les 41 pays ayant accès à Disney+, les salles de cinéma ne pourront pas profiter de l’élan économique qu’aurait engendré la sortie d’un « blockbuster » de Disney.

Un pari risqué

Sortis en salle avant la pandémie, les derniers films de Disney ont fait résonner les tiroirs-caisses : Le Roi lion (2019) a engrangé 1,66 milliard de dollars US et Aladdin 1 milliard de dollars US.

Mulan aurait-il eu le même succès en salle, à l’ère de la COVID-19 ? Et en étant offert uniquement sur Disney+, peut-il espérer rapporter autant qu’une sortie en salle ?

C’est un pari. On peut tout de même s’appuyer sur l’exemple du film Trolls World Tour, offert exclusivement en ligne pour 20 $ au Canada et aux États-Unis. Quelques jours après sa sortie, Universal avait fait savoir que le film avait battu des records pour un film offert en téléchargement en ligne, sans toutefois fournir de chiffres. 

Le Wall Street Journal avancera quelques jours plus tard que le dessin animé avait récolté 95 millions de dollars. Jeff Shell, PDG de NBC-Universal, a précisé : « Les résultats [du film] ont dépassé nos attentes et ont prouvé la viabilité de la vidéo à la demande. Dès que les salles rouvriront, nous comptons sortir des films sur les deux supports. »

Cela dit, si Trolls World Tour a vraiment réalisé des recettes de 95 millions de dollars, pour un film dont le budget tourne autour de 100 millions de dollars… on ne peut pas encore parler d’un « succès » très lucratif.

Cela dit, bien que ce chiffre soit inférieur aux 153,7 millions de dollars rapportés aux États-Unis par le premier film de la franchise, les revenus que Universal a obtenus ont été à peu près les mêmes pour les deux films.

C’est que les salles de cinéma prennent généralement environ 50 % des ventes au box-office, en fonction de l’accord conclu avec le studio. Ainsi, Trolls n’a rapporté qu’environ 77 millions de dollars à Universal.

À titre de comparaison, Universal a retenu environ 80 % des revenus de location ou d’achat numériques pour Trolls World Tour.

Il s’avère donc bien plus lucratif pour les producteurs de se passer des salles de cinéma.



Se substituer au cinéma

Dans une autre vidéo de la chaîne Écran Large, intitulée Mulan privé de cinéma : a quoi joue Disney ?, Simon Riaux avance l’idée que le but des plateformes de diffusion en continu est de se substituer aux salles de cinéma : «  La plateforme est donc producteur, distributeur, exploitant tout-en-un, et ça lui donne l’opportunité de ne plus avoir à interagir avec d’autres acteurs économiques et donc de ne plus avoir à diviser ses revenus. »

 Si Disney assure que la situation est exceptionnelle, rien ne nous assure que les prochains films de la firme sortiront sur grand écran. Et si les bénéfices sont importants, plusieurs plateformes pourraient l’imiter.

Un prix exorbitant ?

Certains estiment en outre que peu de gens se laisseront convaincre de payer 35$ pour regarder Mulan, en plus du prix de l’abonnement à Disney+ (8,99$).

Cela dit, faisons un rapide calcul : une place de cinéma coûtant en moyenne 14$, sachant que ce sont majoritairement des familles qui vont voir ces films, le coût total de la soirée — en incluant le trajet, les billets pour tout le monde et le pop-corn — dépasse largement le prix proposé par Disney+.

Acheter (et non louer comme beaucoup ont pu croire) le film sur la plateforme est potentiellement plus économique pour les ménages, et les fans du film n’auront pas à payer de nouveau pour le revoir.

 Il reste à voir si ce pari de Disney fera boule de neige, et si les salles de cinéma s’en trouveront, d’ici quelques années, encore plus fragilisées qu’à l’heure actuelle.

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Disney’s ‘Mulan’ Scores $33.5 Million In Streaming Labor Day Release: Industry Estimate (MediaPost, 9/9/2020)


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Mahé Cayuela