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M’entends-tu? sur Netflix: entrevue avec Miryam Bouchard

Publié le 24/06/2020 | par Gabriel Provost

La série M’entends-tu? a rejoint le club (très) sélect des productions québécoises offertes sur Netflix. On en parle avec sa réalisatrice, Miryam Bouchard.


Miryam Bouchard roule sa bosse derrière la caméra depuis plus de deux décennies. Avec la série M’entends-tu? (diffusée cet hiver à Télé-Québec), sa carrière a pris un tournant international : le géant de la diffusion en continu Netflix l’offre depuis quelques semaines à ses millions d’abonnés, en 30 langues, et dans 190 pays ! Entrevue.

M’entends-tu ? sur Netflix, ça change votre carrière ?

Miryam Bouchard : « 190 pays, 30 langues : c’est impressionnant ! L’arrivée de la série sur Netflix risque de donner des ailes à Trio Orange [le producteur] pour la suite. De mon côté, comme réalisatrice, avec les prix gagnés à Banff en 2016 et 2019 pour Mon ex à moi et M’entends-tu?, je me suis fait approcher par des maisons de production d’ailleurs, mais j’attends le projet coup de cœur pour tenter ce genre d’expérience, car en ce moment je suis vraiment choyée au Québec ! »

Comment expliquez-vous le succès de M’entends-tu?

« Florence Longpré et Pascale Renaud-Hébert ont écrit des scénarios où il n’y a pas de punch avant la pause ou à la fin de l’épisode. La tension, le fil invisible qui rejoint chaque scène, fait qu’on est toujours dans l’expectative. On veut savoir ce qui va arriver au personnage parce qu’on s’y attache, même si, sur papier, il n’est pas attachant; l’une ne parle pas et l’autre est colérique ! Mais on les aime et on se reconnaît en elles. »


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Netflix domine encore au Canada, mais pour combien de temps? 

  • Au Canada, la moitié des francophones et 67% des anglophones sont abonnés ou ont accès à Netflix.
  • Mais sa suprématie ne restera pas éternelle : plusieurs services de diffusion en continu ont fait le plein d’abonnés durant le Grand confinement.

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Pourquoi Netflix a-t-il choisi cette série, selon vous ?

« Je pense que les histoires plus locales sont finalement… assez internationales. La trame est simple : trois filles, une amitié; elles veulent s’en sortir, mais pas vraiment finalement. C’est une histoire de rédemption, d’amitié, de musique. C’est comme une toune des Beatles : trois accords et ça bat des records ! Je ne veux diminuer en rien la série ou les Beatles — et je ne nous compare pas à Paul McCartney — mais parfois, la simplicité est ce qu’il y a de plus touchant. L’artifice n’est pas obligé de toujours être là et de prendre toute la place. »

Quel impact ont les gros joueurs du streaming sur les séries québécoises ?

« Ce qu’on espère, quand on produit une série, c’est que des gens la regardent devant leur télé. Les téléspectateurs font que la publicité vaut son pesant d’or dans l’industrie, et c’est encore la principale source de revenus au Québec. Et là, Netflix arrive. Il y a maintenant moins de gens qui regardent la télé. Ça crée un déséquilibre, une chute de revenus qu’on ne pourra jamais récupérer. En ce moment, il y a plusieurs plateformes et elles tendent à diminuer l’impact de nos productions. »

Notre télévision est-elle vouée à disparaître ?

«Dans mon entourage, personne de moins de 35 ans ne possède une télé. La plupart des gens sont abonnés à Netflix ou à d’autres plateformes, et je trouve ça triste. Je consomme aussi du contenu sur Netflix ou sur Amazon Prime, mais je regarde quand même beaucoup de télé québécoise. Je ne veux donner de leçons à personne, mais je crois qu’il faut s’intéresser à notre culture, regarder des courts-métrages, aller au théâtre… D’ailleurs, si je n’étais pas allée au théâtre, je n’aurais pas vu Florence Longpré jouer, et, sans elle, il n’y a pas M’entends-tu?. Notre culture est très fragile. On est les Gaulois comme Astérix et Obélix. Netflix, c’est Jules César ! »

De quoi sera fait l’avenir de la télévision au Québec ?

« À court terme, avec l’arrêt des tournages pendant trois mois, beaucoup de productions vont tourner en même temps quand tout va reprendre. Ce sera la guerre des salaires. Les productions avec le plus de moyens paieront les équipes nécessaires et ce sera plus difficile d’avoir des gens sur les plateaux, alors qu’on a déjà de la difficulté à trouver des équipes en temps normal. Les producteurs vont augmenter les salaires des employés et ces derniers vont pouvoir choisir où travailler en plus d’avoir le gros bout du bâton dans les négociations. »

Et après le choc de la pandémie ?

« Ça va devenir la télé sur ton téléphone, mais il faut faire attention à ce que tout ne finisse pas par se ressembler. Les productions originales de Netflix ont tout de même une structure narrative et un déploiement sur dix épisodes vraiment similaires. Je vois plutôt les séries comme des fenêtres qui donnent sur une vision unique de notre société ou celles d’ailleurs. Et, de plus en plus, l’idée sera d’aller chercher de l’argent auprès de plusieurs diffuseurs. Par exemple, Arte et Radio-Canada se sont mis ensemble pour des productions. Ce genre d’alliance permet d’avoir plus de moyens et de lancer de plus grands projets. » 

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La saison 2 de M’entends-tu? ira plus en profondeur dans les drames des personnages, Radio-Canada (13/01/2020)




Gabriel Provost