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Médias sociaux : bientôt tous pareils?

Vanessa Fontaine
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Sur les réseaux sociaux, les fonctionnalités les plus populaires sont rondement copiées par les autres. L’originalité a-t-elle encore sa place ?

Photo : Dole777 | Unsplash

Non, ce n’est pas votre imagination. Il règne sur les médias sociaux un petit air de déjà-vu.

Les Fleets, messages éphémères de Twitter, rappellent étrangement les Stories d’Instagram, qui elles-mêmes ont été copiées de Snapchat. Instagram propose depuis l’été dernier de courtes vidéos, ou Reels, pour faire concurrence à ceux de TikTok, eux-mêmes inspirés de Vine. Ajoutons à cela l’omniprésente messagerie privée, les mentions J’aime, le fil d’actualité… Et les distinctions entre Facebook, Twitter et les autres médias sociaux semblent de plus en plus floues !

Cette similitude entre compétiteurs n’a rien d’inhabituel dans un marché ultra-concurrentiel, selon Sandrine Prom Tep, professeure agrégée de marketing à l’UQAM. « Ce qui fait la particularité d’un média social au moment d’entrer sur le marché devient le truc que demain, tout le monde voudra s’approprier. On s’ajuste en fonction de ce qui plaît au consommateur », explique la spécialiste des médias sociaux.

Pour illustrer ses propos, la professeure donne l’exemple de l’industrie automobile, où les innovations d’hier — comme les fenêtres électriques ou les sièges chauffants — sont vite devenues la norme. « Tout le monde en rajoute, et en rajoute, on ne veut pas être les derniers. Aujourd’hui. Je vois une voiture. Est-ce une Mercedes ? Une Mazda ? Je ne sais pas, elles sont toutes pareilles », lâche-t-elle. 

Des différences malgré tout

On peut alors se demander quelle est l’utilité de ces réseaux, qui se ressemblent de plus en plus. S’ils offrent les mêmes fonctionnalités, pourquoi en choisir un plutôt qu’un autre ? C’est leur communauté d’usagers qui les distingue, selon la professeure. Celle de TikTok n’est pas la même que celle de LinkedIn, par exemple. C’est pour essayer de conserver leur base d’utilisateurs que ces compagnies copient les fonctionnalités les plus populaires de leurs compétiteurs.

Et pourquoi pas ? Calquer le modèle des autres requiert peu d’efforts, comme l’explique Sandrine Prom Tep. « Ça marche, ou ça ne marche pas. Au pire, personne n’embarque », fait-elle remarquer.

Cette appropriation n’est toutefois pas sans risque. Lorsque, l’an dernier, LinkedIn, un réseau d’affaires, a lancé sa fonctionnalité des Stories personnelles, par exemple, la compagnie aurait pu être perçue comme étant moins sérieuse, ce qui ne s’est pas produit. Les Stories n’ont suscité que l’indifférence la plus totale. « Ça ne leur coûte rien, tant que ça ne leur nuit pas », précise Sandrine Prom Tep.

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Et l’innovation, dans tout ça ?

Dans ce contexte, les grandes plateformes médiatiques mettent-elles moins d’emphase sur l’innovation ? Après tout, les ressources qu’elles dépensent pour se copier ne peuvent être employées à cerner des besoins encore non assouvis chez les consommateurs, et développer de nouvelles idées.

« Les utilisateurs de médias sociaux sont des bêtes de nouveauté. Il faut faire attention, parce que sinon, un petit malin va débarquer avec quelque chose de spécial, et là, tout le monde va se ruer », avertit Sandrine Prom Tep.

Surgira alors peut-être la prochaine grande idée… Que les autres s’empresseront de copier !


PUBLIÉ LE 03/02/2021


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