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Médias sociaux: porte ouverte sur la dépression?

Publié le 21/09/2020 | par Agence Science-Presse

Rien que dans la dernière année, au moins trois études ont associé les médias sociaux à un risque accru de dépression chez les adolescents.

médias sociaux dépression

À voir leurs adolescents « scotchés » à leur téléphone à échanger des photos et commentaires sur les réseaux sociaux, nombre de parents s’inquiètent. Et non sans raison !

Que dit vraiment la science ?

Trois recherches décortiquées

Les adolescents les plus actifs sur les plateformes comme Facebook, Instagram ou Pinterest présentent plus de signes de dépression que ceux qui y passent peu de temps. Ce sont du moins les conclusions d’une étude du CHU Sainte-Justine et publiée cet été dans JAMA Pediatrics.

Durant quatre ans, 3826 adolescents de 12 à 16 ans ont évalué le temps qu’ils consacraient aux médias sociaux, à la télévision, aux jeux vidéo et à l’ordinateur. Ils ont aussi rempli des questionnaires sur leur état d’esprit.

Résultat : les adolescents qui consommaient le plus de médias sociaux et de télévision présentaient des symptômes de dépression plus graves. Et la fréquence de ces symptômes augmentait avec l’exposition aux réseaux sociaux et à la télé. En revanche, les jeux vidéo et la navigation sur l’internet ne seraient pas en cause.

Ces résultats corroborent ceux d’une étude menée auprès d’environ 11 000 ados de 14 ans et parue en décembre 2018 dans EClinicalMedicine. Les chercheurs y concluaient que les symptômes dépressifs des ados semblaient augmenter plus ils passaient de temps sur les réseaux sociaux.

Les garçons et filles qui y consacraient plus de cinq heures par jour montraient respectivement 35 % et 50 % plus de symptômes dépressifs que ceux qui y passaient d’une à trois heures.

Enfin, une troisième étude, publiée le même mois dans le Journal of Social and Clinical Psychology, suggère que de limiter l’utilisation des médias sociaux à 30 minutes par jour pourrait améliorer le bien-être des adolescents.

Après avoir mesuré pendant trois semaines l’utilisation de Facebook, de Snapchat et d’Instagram chez 143 étudiants de 18 à 22 ans, les auteurs ont constaté que ceux qui passaient au plus 10 minutes sur chaque réseau social présentaient une diminution significative des symptômes par rapport à ceux qui avaient surfé sans restriction. Ces effets étaient particulièrement prononcés chez les personnes qui étaient les plus déprimées au début de l’expérience.



Liens nébuleux

À la lumière de ces études, il semble clair qu’une forte dose de réseaux sociaux mène à la dépression. Mais ce n’est pas si sûr. Les chercheurs ne parviennent pas toujours à établir si c’est l’utilisation des réseaux sociaux qui provoque des signes de dépression ou si c’est le fait de se sentir déprimé qui pousse à les fréquenter assidûment.

Par exemple, une revue de 11 études portant sur 12 646 personnes concluait en 2017 à une corrélation faible, mais statistiquement significative entre l’utilisation des médias sociaux et les symptômes dépressifs chez les jeunes. Toutefois, les méthodes, la taille de l’échantillon et les résultats variaient considérablement.

Plus de facteurs de risque

Ces études s’ajoutent cependant à plusieurs autres qui suggèrent que les adolescents qui passent plusieurs heures par jour sur les médias sociaux sont plus susceptibles de dormir moins longtemps et moins bien, d’avoir une faible estime de soi, d’être insatisfaits de leur poids et de leur apparence… Tous des facteurs qui peuvent accroître le risque de dépression.

Quant aux jeunes adultes qui consacrent plus de deux heures par jour aux médias sociaux, ils doubleraient leur risque de se sentir seuls. Un autre sentiment associé à la dépression, selon une étude menée auprès de 1787 Américains de 19 à 32. 

C’est aussi ce qui amène certains chercheurs à proposer de restreindre l’accès aux réseaux sociaux à 30 minutes quotidiennement.

Des bienfaits potentiels

À l’inverse, les médias sociaux peuvent aussi avoir de bons côtés. Pour beaucoup d’adolescents, ils sont une façon de se faire des amis. Ils peuvent avoir un effet de validation ou d’affirmation de soi.

Les médias sociaux inciteraient en outre les adolescents isolés ou socialement anxieux à se révéler auprès de leurs camarades. En leur donnant l’impression d’entretenir des relations sociales, ces interactions pourraient réduire les symptômes dépressifs. Ces conclusions sont toutefois issues d’études menées auprès de petits groupes d’utilisateurs.

Une étude réalisée auprès de 2079 élèves a quand même montré que les réseaux sociaux améliorent l’image de soi.

Selon une dernière revue de la littérature parue en 2016, les interactions positives, le soutien social et les liens sociaux sur les réseaux sont systématiquement liés à des niveaux plus bas de dépression et d’anxiété. En revanche, les interactions négatives et les comparaisons sociales sont associées à des niveaux plus élevés de dépression et d’anxiété.

L’utilisation des réseaux sociaux y était aussi liée à moins de solitude et à une plus grande estime de soi. Les résultats étaient cependant mitigés quant à la fréquence d’utilisation.

Verdict : incertain

Plus un adolescent passe du temps sur les réseaux sociaux, plus il est à risque de dépression. Toutefois, les interdire n’est pas une option, parce que les réseaux sociaux n’ont pas que de mauvais côtés.

À petites doses, ils peuvent aider à créer des liens et, ironiquement, contribuer au développement de l’estime de soi.

Cet article de Catherine Couturier fait partie de la rubrique du Détecteur de rumeurs, cliquez ici pour les autres textes.


Agence Science-Presse