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Le média en ligne des médias en ligne

Le futur des médias passera par l’innovation

Virtual Artifacts

Si les GAFA sont parvenus à ébranler les fondements de l’industrie des médias, c’est en grande partie parce qu’ils ont su miser sur l’innovation, qu’ils ont compris le potentiel immense des nouvelles technologies…

média innovation
Photo : Adobe Stock

Les médias accusent un retard technologique évident face aux Google et Facebook de ce mode. Un retard qui ne sera sans doute jamais comblé.

Néanmoins, si l’industrie des médias dits « traditionnels » souhaite occuper une place dans ce siècle numérique, elle devra mener à bien une transformation technologique radicale.

Par quels moyens devrait s’opérer cette transformation ? Nous aborderons le sujet à travers deux principaux axes :

  • Un changement de langage
  • Une culture de l’exploration

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Un changement de langage

Depuis 150 ans, dans le monde de la presse écrite, on parle le langage de l’imprimé. On sait ce que signifient les lettres CMYK, combien de mots comptent un feuillet et combien on peut faire entrer de feuillets dans une colonne.

Les journaux ont trop longtemps considéré le Web comme étant « une version en ligne du journal imprimé ». C’est du passé. La version en ligne d’un média EST le média. Aussi, il est grand temps de s’intéresser aux codes et au langage des médias en ligne.

De nombreux médias traditionnels s’y sont mis sérieusement, il faut le reconnaître.

Parmi ceux-ci, le Washington Post a opéré ces dernières années une véritable révolution culturelle en mettant de côté les traditions pour sauter à pieds joints dans le Web. Ironiquement, c’est à un « géant du Web » que l’on doit cette révolution : Jeff Bezos, le richissime fondateur d’Amazon, qui a acquis le Washington Post en 2013 pour la somme de 250 millions de $ US.

Deux ans après le rachat par Bezos, le Washington Post renouait avec la rentabilité et annonçait avoir doublé ses revenus numériques.

Les premiers changements ont été purement techniques, dans l’objectif de rendre la lecture des contenus en ligne aussi satisfaisante et instantanée que la lecture d’un quotidien imprimé.

En 2016, le quotidien annonçait le déploiement d’un nouveau site mobile « ultrarapide » basé sur une technologie développée par Google. Comme une forte majorité du trafic en ligne provient d’appareils mobiles, la plateforme PWA a permis aux contenus du Washington Post de s’afficher en moyenne en 400 millisecondes, une amélioration de 88 % par rapport au précédent site mobile. D’autres résultats montrent que, parce que l’expérience mobile se rapproche de l’instantanéité d’un journal papier, la rétention des lecteurs a augmenté. Et c’est une donnée critique. Au Washington Post, on croit même que la vitesse peut se transformer en abonnés payants.

En marge de ses activités journalistiques, le Washington Post a aussi développé une plateforme de publication en ligne baptisée Arc. Le quotidien a même commencé à vendre des licences de cette plateforme à d’autres entreprises ; une activité parallèle qui pourrait générer des revenus annuels de 100 millions $ US, selon Bloomberg.

À l’instar du Washington Post, quand des médias « traditionnels » cessent de parler de langage de l’imprimé et commencent à se comporter comme des entreprises technologiques, l’innovation émerge :

  • Le quotidien canadien The Globe and Mail a remporté en octobre 2020 un prix de journalisme pour son outil d’intelligence artificielle Sophi.io, qui permet d’identifier les contenus en ligne ayant le plus de valeur aux yeux des lecteurs, offrant ainsi aux éditeurs numériques un moyen efficace de maximiser les revenus d’abonnement.
  • Eyereturn Marketing, une filiale de Torstar, a annoncé en novembre 2020 avoir vendu à la chaîne de supermarchés Loblaw une technologie de marketing numérique développée d’abord pour ses propres besoins.

Une culture de l’exploration

Le journalisme n’est pas en déclin. Ce qui l’est, ce sont les ventes de publicités imprimées. Peut-on financer le journalisme de qualité autrement que par la publicité imprimée ?

Plusieurs médias explorent différents modèles d’affaires, de la philanthropie aux murs payants. Explorer des plateformes numériques émergentes devrait aussi faire partie des stratégies de sorties de crise.

On a vu au cours des dernières années des inconnus devenir riches et célèbres presque du jour au lendemain simplement en étant des pionniers d’une nouvelle plateforme.

On pense à Perez Hilton (Mario Armando Lavandeira Jr.), qui, en étant parmi les premiers à s’exprimer sur un blogue, est passé de pur inconnu à célébrité internationale. YouTube a fait naître Justin Bieber. C’est sur Instagram que la maquilleuse Huda Kattan s’est fait connaître. Au fil des ans, ses tutoriels lui ont attiré 48 millions d’abonnés, et elle aurait une valeur nette de 610 millions de $. TikTok a été la rampe de lancement du succès Old Town Road de Lil Nas X.

Les exemples sont nombreux, et ils nous ramènent tous à une chose : sur les plateformes émergentes, le succès sourit souvent aux pionniers.

Gardant cela en tête, les médias traditionnels auraient intérêt à développer une culture de l’exploration, un parti pris pour l’expérimentation, en cherchant des moyens d’investir aujourd’hui ces plateformes émergentes, à commencer par :

  • Twitch, avec ses 2,6 milliards d’utilisateurs, offre une foule d’occasions aux médias, et les annonceurs se ruent sur cette plate-forme.
  • La baladodiffusion a pris du galon ces dernières années. Selon certains, les revenus qu’on peut en tirer sont « comparables à l’Internet avant que Facebook et Google en prennent le contrôle ».
  • L’infolettre connaît une sorte de renaissance et pourrait représenter une nouvelle plateforme de diffusion pour le contenu journalistique, notamment avec l’émergence de plateformes de monétisation comme Substack.
  • Sans oublier les nouvelles façons de consommer l’information : notamment par le biais des assistants personnels virtuels, comme l’Echo d’Amazon, le HomePod d’Apple ou le Nest Audio de Google.

Comme dans tout processus d’exploration, il y aura des ratés, du temps perdu, mais aussi peut-être de belles surprises. Une culture de l’exploration, surtout, permet de maintenir un état d’esprit ouvert à la nouveauté, prêt à saisir des occasions.

Un état d’esprit que tous les médias devront cultiver pour faire face à ce XXIe siècle qui s’annonce technologiquement… effervescent.


CET ARTICLE EST UN CONTENU PARTENAIRE PRÉSENTÉ PAR HIBE, UNE ENTITÉ DE VIRTUAL ARTIFACTS.


PUBLIÉ LE 14/12/2020


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