Les écrans

Du temps d’écran bien investi

Les réseaux sociaux plus littéraires que jamais

Philippe Couture

Entre les écrivains et les réseaux sociaux, c’est l’amour fou. Les auteurs québécois sont nombreux à y faire la promo de leurs livres de manière toujours plus inventive, ou même à intégrer leur communauté Facebook à leur processus d’écriture, voire à attirer l’attention des éditeurs. Tour d’horizon.

Photo : Adobe Stock

Il semble déjà loin le temps où des écrivains célèbres déclaraient, sur un ton implacable, qu’« un écrivain se dévalorise et se démonétise petit à petit en s’exprimant trop en dehors de ses livres », comme le prétendait l’auteur français Eric Faye en 2010 dans les pages du Figaro.

Partout en Occident, l’interaction des écrivains avec leurs lecteurs sur les réseaux sociaux n’a cessé de croître ces dernières années, en particulier au Québec, où jeunes et moins jeunes s’y adonnent allègrement, en variant la forme au maximum.

De l’autrice jeunesse et illustratrice Élise Gravel, connue pour diffuser sur les réseaux des affiches inédites et gratuites, jusqu’à Patrick Sénécal, qui diffuse régulièrement des extraits de chapitres en chantier et sollicite la collaboration de ses lecteurs, les pratiques se démultiplient. Rares, désormais, sont ceux qui y échappent.

« ll ne faut pas tout amalgamer, avertit René Audet, professeur de littérature à l’Université Laval et spécialiste des questions de littérature mobile. Mais il est vrai que le spectre de manifestations de la littérature en ligne est immense. Il y a d’une part une diversification des stratégies marketing sur les réseaux sociaux [par les auteurs ou par les éditeurs]. D’autre part, on assiste aussi à une dynamique d’échange avec les communautés de fans. Les avis des lecteurs peuvent ainsi influencer un prochain tome ou colorer l’orientation de l’action d’un sequel. On pourrait mentionner aussi le repêchage de bonnes plumes web pour les éditer sous forme de livres. »


De la promo avant tout

En 2019, une étude du chercheur belge Louis Wiart (ULB) établissait que les auteurs francophones utilisent les réseaux sociaux d’abord « à des fins de communication et de promotion ». Ils y développent principalement « des formes de gestion de l’identité numérique et de marketing de soi ».

Selon cette enquête menée auprès de plus de 400 écrivains, « les plateformes sont prioritairement mobilisées par les écrivains pour annoncer des évènements, mettre en avant leurs publications et faire connaître leurs actualités ».

Une précision : cette utilisation serait surtout profitable aux auteurs jouissant déjà d’une certaine notoriété. « Le succès sur les réseaux sociaux se superpose en premier lieu au succès éditorial des auteurs, conclut Louis Wiart. Les audiences en ligne ont tendance à se concentrer autour des personnalités les plus installées dans le monde de l’édition. »

Stratégies d’autopromo

Encore faut-il se démarquer et éviter le marketing trop direct, qui n’a plus la même efficacité qu’au tout début de Facebook.

« Quand j’ai commencé à écrire et à faire du théâtre, les réseaux sociaux n’étaient pas aussi saturés qu’aujourd’hui. Chaque publication promotionnelle avait son efficacité, analyse l’écrivain Jean-Philippe Baril-Guérard. Aujourd’hui, tout a changé. Je réduis au maximum les publications visant directement à vendre mes livres et je mets la pédale douce sur toute autopromotion directe. Par contre, j’aime beaucoup partager des articles dont le contenu fait écho aux thématiques de mes livres et entrer en réelle conversation sur toutes sortes de sujets. »

Pour Baril-Guérard, qui valorise la franchise et l’authenticité et se méfie des pages administrées par une équipe de relations publiques, l’un des modèles à suivre est certainement l’auteur américain de science-fiction William Gibson, qui alimente au quotidien sa communauté Twitter en articles et en réflexions pertinentes.

Essayer d’attirer l’attention des microblogueurs littéraires est également une bonne idée, selon Baril-Guérard, fasciné par les influenceurs qui racontent leurs lectures sur Instagram ou par les jeunes adeptes des « booktoks » sur TikTok.

« Des lectrices se filment chavirées par un livre, en train de pleurer pendant la lecture. Le nombre de views est très élevé sur ces vidéos-là. De mon côté, je remarque beaucoup cette émotivité dans les commentaires sous mes publications, par exemple des gens qui m’écrivent qu’ils ont déjà hâte d’être complètement bouleversés par mon prochain livre! »

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PUBLIÉ LE 03/05/2021


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