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L’Histoire sur le fast-forward

Publié le 28/04/2020 | par Steve Proulx

La pandémie de la COVID-19 est l’occasion de jeter un regard sur une théorie lancée il y a 20 ans : parce que les nouvelles vont vite, l’opinion publique se transforme aussi… plus vite.


opinion publique ffw
Photo : trekandphoto | Adobe Stock

La théorie nous vient du journaliste américain Mickey Kaus. En 2000, sur le site Slate, il relayait l’observation d’un ami, l’auteur Bruce Feiler. Traduction libre d’un extrait du texte de Kaus :

« En gros, l’idée est la suivante : le cycle de l’actualité est beaucoup plus rapide — grâce aux chaînes d’infos en continu, au Web, à une caste de “têtes qui parlent” toujours à la recherche d’un nouvel angle, etc. Par conséquent, nos démocraties ont appris à digérer sans grande difficulté plus d’informations à un rythme plus rapide… »

… Et, comme l’information est digérée plus rapidement, on a vite de l’appétit pour plus d’informations, ce qui pousse à produire encore plus de nouvelles.

Cette théorie, baptisée Feiler faster thesis (FFT), veut que la vitesse à laquelle les sociétés évoluent — sur le plan des idées, des opinions politiques — serait liée, voire propulsée, par la rapidité à laquelle les journalistes rapportent aujourd’hui les nouvelles.

La FFT a été observée à de nombreuses reprises depuis 2000, notamment à travers le gargantuesque banquet de nouvelles, d’analyses, de déclarations douteuses, de tweets, de memes qu’a offert l’étrange présidence de Donald Trump depuis les quatre dernières années.

Ces jours-ci, il est possible d’observer la FFT en action dans le bombardement d’informations concernant la COVID-19.

Au début, on se demandait s’il fallait mettre un masque de protection. Les autorités publiques n’ont pas tardé à préciser que le masque n’était pas nécessaire pour le simple citoyen. Puis, on nous dit qu’il serait maintenant conseillé de porter un masque. Et nous, on digère tout ceci sans problème.

Au début, on nous a demandé de rester confiné pour éviter la propagation. Et le Québec a docilement répondu à l’appel. Puis, l’idée de l’« immunité collective » a commencé à apparaître dans le discours public. Ce ne serait pas une meilleure solution que le confinement, en fin de compte ? Certains ont dit que oui, d’autres ont dit que non. L’idée — le contraire du confinement — a fait son petit bonhomme de chemin dans notre univers social. 

Le premier ministre François Legault, celui qui était vu comme un sauveur au début de la pandémie en raison de sa transparence et de son leadership, a causé une commotion au Québec le 10 avril dernier en évoquant la possibilité de rouvrir les écoles le 4 mai. Levée de boucliers. Même Mario Dumont a dit que le premier ministre était « à son pire » depuis le début de la pandémie.

Le 11 avril, François Legault cherchera à calmer le jeu en déclarant lors de son point de presse quotidien que « rien n’était encore décidé » concernant la réouverture des écoles. Retour à la case « sauveur ».

16 jours plus tard, c’est décidé : les écoles primaires commenceront à rouvrir dès le 11 mai.

Tollé ? Plus ou moins. Deux semaines après la première « annonce », la société semble être psychologiquement passée à autre chose. Le « retour à la normale » est maintenant sur toutes les lèvres.

Plusieurs commentaires de parents sur Facebook semblent le confirmer : beaucoup sont prêts à renvoyer leurs enfants à l’école. 

Source : Facebook

Rappelons-nous : il y a à peine quelques semaines, on se demandait encore si les enfants de parents séparés devraient continuer à faire la garde partagée. François Legault conseillait même au « parent le plus sévère » de garder les enfants à temps plein.

Nous parlons ici de courants sociaux assez majeurs qui se relaient à une vitesse assez incroyable, sans que cela ne fasse sourciller personne.

Or, comme le rappelait Kaus en 2005 à propos de la Feiler faster thesis : « La FFT ne dit pas que l’information circule à vitesse grand V par les temps qui courent. Tout le monde le sait. La FFT dit que les populations sont maintenant capables de traiter cette information qui circule à grande vitesse… »

Bref, attendons-nous à changer d’idée à propos du fameux « retour à la normale » d’ici, quoi, 48 heures ?

On prend les paris.


On se laisse sur une vidéo du comédien Vincent Leclerc qui résume dans un message cohérent l’ensemble des consignes sanitaires transmises jusqu’ici par les autorités compétentes.

Petite vidéo de consignes que Vincent Leclerc a faite, pour vous aider à vous retrouver ces jours-ci. Bonne chance! 😉 Mélanie Pilon(auteur inconnu)

Posted by Mel Pil Perso on Saturday, April 18, 2020

Steve Proulx

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