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Twitch: C’est du sérieux avec Laurent LaSalle et Loto-Québec

Philippe Couture

Avec une équipe éclectique de streameurs et de chroniqueurs spécialisés en jeu vidéo, Laurent LaSalle et Madame Zoum animent l’émission L’élixir sur la chaîne Twitch de Loto-Québec.

Photo : Laurent LaSalle

Loto-Québec est très actif dans le secteur du jeu en ligne, mais la production de contenus sur Twitch peut paraître surprenante. Quelle est la stratégie ?

Laurent LaSalle : « Cette émission est vraiment vue par Loto-Québec comme un moyen de soutenir le milieu du jeu vidéo et les producteurs indépendants en contribuant à des contenus intelligents qui font rayonner les jeux et l’univers vidéoludique. Ça s’inscrit dans la même logique que l’investissement financier de Loto-Québec dans les événements de e-sport, comme Dreamhack, ou dans les foires et festivals tels que ComicCon. Parmi les développeurs de jeux indépendants avec qui Loto-Québec développe des liens lors de ces événements, il y a de nombreux streameurs très connus sur Twitch, avec qui Loto-Québec souhaitait collaborer dans une formule de talk-show qui diffère de la traditionnelle séance de jeu commentée en direct. La pandémie et l’annulation des événements de 2020 ont rendu ce projet nécessaire. L’élixir est par ailleurs codiffusée par GamePlay Space, un espace de travail partagé pour l’industrie du jeu vidéo à Montréal, qui met à profit son réseau de producteurs et développeurs indépendants. »

Il ne s’agit donc pas du tout de faire la promotion directe des produits Loto-Québec…

L.L. : « Pas du tout. Loto-Québec ne cherche pas à faire sur Twitch une publicité ciblée de l’un ou l’autre de ses jeux et ne nous a jamais demandé de jouer le rôle de passeurs promotionnels. Il s’agit davantage d’un geste de commandite ou de philanthropie. Un peu comme Québecor finançant un spectacle de théâtre en échange d’un logo dans le programme de soirée. Madame Zoum et moi travaillons sur les contenus de manière assez indépendante. »

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L’émission aborde le jeu vidéo par des thématiques larges, souvent un peu philosophiques. Était-ce un besoin dans l’univers vidéoludique ?

L.L. : « À part Radio-Talbot, où Denis Talbot officie dans le même état d’esprit que la défunte émission M. Net, il n’y a effectivement pas beaucoup de contenus du genre au Québec. Pour L’élixir, on a choisi une approche grand angle qui n’est pas souvent mise de l’avant dans les contenus au sujet des jeux vidéo, lesquels sont souvent plus techniques ou centrés sur la description pure des expériences vidéoludiques, ou encore axés sur l’économie de l’industrie. »

Pourquoi Twitch au lieu de YouTube ? Le contenu reprend pourtant en partie les codes de YouTube.

L.L. : « C’est une excellente question, que je me pose aussi souvent par rapport à mes propres contenus sur ma chaîne YouTube ou mes collaborations au duo Le jeu c’est sérieux sur Twitch. L’avantage de Twitch, où tout est vraiment diffusé en direct, c’est l’aspect interactif dans la section clavardage, qui ajoute de la spontanéité et fait parfois évoluer nos contenus vers de l’inattendu, quand un streameur à l’écoute nous pose une bonne question ou soulève un bon argument. »

Votre coanimatrice, Madame Zoum, et vous optez d’ailleurs pour un style d’animation vraiment décontracté…

L.L. : « Sur Twitch, tout le monde se met en scène de façon très détendue. Pour moi, c’est cool de développer une complicité spontanée avec Madame Zoum, une streameuse très différente de moi, qui joue beaucoup à Grand Theft Auto et qui est adepte des jeux multijoueurs. On doit être prêts à travailler sans filet, à être flexible sur la structure, à improviser et à se présenter sans filtre. Moi qui ai aussi une pratique plus traditionnelle dans les médias grand public et qui ai l’habitude de contenus plus scriptés sur YouTube, je me surprends, sur Twitch, à dévoiler de nouvelles facettes de mon personnage public. Dans la communauté du jeu vidéo, je suis connu comme le gars “sérieux”, mais les longues séances de streaming en direct sur Twitch permettent souvent de montrer autre chose. »

On peut aussi supposer qu’on ne trouve pas sur Twitch exactement le même public que sur YouTube…

L.L. : « Ce qui est certain, c’est qu’une présence sur les deux plateformes est efficace. Il faut être sur les deux fronts et le faire dans la complémentarité. Si on respecte bien l’état d’esprit de chaque plateforme, elles peuvent se nourrir l’une l’autre. Les vidéos en live sur YouTube vont toucher plus de gens, mais une partie d’entre eux risque de suivre jusque sur Twitch par la suite. Et vice-versa. » 

Les Québécois sont-ils assez présents sur Twitch pour vous assurer une bonne base de spectateurs ?

L.L. : « On peut avoir l’impression que les Québécois sont peu nombreux sur Twitch parce que, dans la sphère francophone, il y a dix fois plus de contenus européens. Mais la vérité, c’est que le Québec se démarque tout de même et que nos contenus ont connu tout de suite une audience intéressante. Sans compter un certain nombre de Français qui aiment bien regarder nos émissions également. Par ailleurs, Twitch, ce n’est pas la même culture que YouTube et on ne s’y soucie pas autant des grosses audiences. Un streameur qui attire par exemple de 60 à 100 personnes en direct, c’est très commun et ça correspond à une masse critique des streameurs sur Twitch. »

L’élixir était un projet spécial 2020 comptant 5 épisodes seulement. La formule pourrait-elle revenir l’an prochain ?

L.L. : « J’en serais personnellement ravi. Pour ne pas épuiser trop vite les thèmes, je crois qu’on aurait avantage à mieux s’ancrer dans l’actualité du jeu vidéo et à commenter les nouveaux jeux. Il y a certainement du potentiel. »

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Le cinquième et dernier stream de L’élixir sera diffusé ce vendredi 18 décembre, à 19 h sur Twitch.


PUBLIÉ LE 17/12/2020


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