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Le média en ligne des médias en ligne

La génération Z veut-elle plus d’opinion dans l’information?

L’objectivité est un idéal journalistique qui séduirait moins les jeunes adultes. C’est ce qu’indique la dernière édition d’une étude menée par le Reuters Institute for the Study of Journalism de l’Université d’Oxford dans 40 pays, dont le Canada.

Illustration : Nadia Snopek | Adobe Stock

Chaque année, le Digital News Report dresse un portrait des habitudes et préférences en information des adultes branchés à Internet. La majorité du sondage de l’édition 2020, y compris sa portion canadienne, a été menée entre la mi-janvier et la mi-février — soit avant que la pandémie de la Covid-19 fasse pleinement sentir ses effets.

Le résumé des résultats canadiens montre notamment que Radio-Canada et Québecor dominent largement parmi les médias d’information francophones en ligne et hors ligne.

La première couverture médiatique de l’étude au Québec, dans Le Devoir et La Presse, a souligné que les Canadiens et plus particulièrement les francophones ont encore confiance dans le travail fait par les médias d’information. (Encore, parce que cette confiance s’effrite quand même d’année en année, au Canada comme à peu près partout dans le monde.)

Mais une autre lecture du Digital News Report permet d’identifier une tendance qui semble se dessiner en observant les comportements des répondants les plus jeunes.

Une première synthèse des résultats canadiens a été publiée par le Centre d’études sur les médias (CEM), qui supervise le volet canadien de l’étude. On y apprend que 65 % des Canadiens se préoccupent de savoir si l’information qui circule sur Internet est vraie ou pas. Les 18-24 ans s’en soucient aussi, mais moins : ils ne sont que 60 % à se préoccuper de la véracité des nouvelles sur le Web et dans les médias sociaux.

Par rapport aux Canadiens plus âgés, les 18-34 ans sont moins méfiants envers Facebook, et au contraire plus méfiants envers les sites et applications des médias d’information.



Chercher l’information ailleurs que dans les médias

De façon générale, les jeunes ont une relation moins forte envers les médias d’information. On l’observe notamment dans la façon dont ils accèdent à l’information en ligne.

Selon les résultats internationaux de l’étude, 28 % des gens qui s’informent en ligne vont, le plus souvent, directement vers un site ou une application de nouvelles. La majorité (72 %) se tourne d’abord vers d’autres passerelles : médias sociaux (26 %), outils de recherche (25 %), alertes mobiles (8 %), agrégateurs de nouvelles (7 %) ou bulletins par courriel (5 %).

Chez les 18-24, seulement 16 % vont directement vers un média. Ils sont deux fois plus nombreux (38 %) à chercher leur information d’abord dans les médias sociaux.

La préférence pour les médias sociaux s’exprime notamment sur le sujet qui est l’un des plus importants aux yeux de la génération Z : les changements climatiques. Tandis qu’à travers le monde les 35 ans et plus se tournent vers la télévision comme première source d’information sur le sujet, les 18-24 se tournent plus volontiers vers des sources alternatives. Certes, ils placent quand même dans leurs sources la télévision en premier (23 %). Mais les médias sociaux et les blogues suivent de près dans leurs préférences à 17 %. Ces sources d’information alternatives en ligne devancent les sites de nouvelles des grands médias, qui ont la faveur de 16 % des 18-24.

Dans les médias sociaux, beaucoup de jeunes suivent les profils de militants écologistes comme Greta Thunberg.

Les jeunes adultes perçoivent-ils une valeur à obtenir une information relativement neutre et impartiale, telle que de nombreux médias « traditionnels » s’efforcent de leur livrer ?

Moins d’intérêt pour l’information qui s’efforce d’être objective

Une question de l’étude apporte des éléments de réponse. Le Reuters Institute a demandé aux répondants de neuf pays s’ils préfèrent obtenir leurs nouvelles d’une source neutre, d’une source qui partage leur point de vue, ou au contraire d’une source qui remet en question leur point de vue. 

Dans tous les pays, une majorité de répondants préfère une source neutre, « objective ». Les jeunes ne font pas exception, mais c’est chez eux que la préférence pour la neutralité est la plus faible : seulement 51 % de 18-24 ans accordent de l’importance à l’objectivité d’une source d’information, alors que 32 % préfèrent des nouvelles qui épousent leur point de vue, et 17 % des nouvelles qui le mettent en cause.

Pourquoi cette préférence ? Est-ce parce que les médias sociaux ont habitué les jeunes à ce que l’opinion prime sur les faits ? Ou, inversement, vont-ils plus volontiers s’informer dans les médias sociaux parce que c’est là qu’ils trouvent les opinions qu’ils cherchent à partager ou réfuter ?


Patrick Pierra
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