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Du temps d’écran bien investi

Vie des arts se réinvente : la renaissance numérique d’un magazine papier

Pascaline David

L’équipe derrière le magazine Vie des arts a entrepris une transition numérique. Fondée en 1956, la plus ancienne revue canadienne spécialisée en arts visuels a ainsi subi une cure de jouvence ces deux dernières années d’abord sur son site internet et ses médias sociaux et, plus récemment, en lançant une édition papier revampée. Coup d’œil sur cette nouvelle identité.

Photo : Vie des arts | YouTube

Quand Julien Abadie a accepté le poste de directeur de Vie des arts, il y a deux ans, plusieurs défis de taille l’attendaient. « Certaines personnes du milieu nous disaient que c’était trop tard pour rajeunir l’image du magazine », raconte-t-il. Cela ne l’a pas empêché de se lancer bille en tête dans le projet.

Embauchées juste avant lui, la rédactrice en chef Jade Boivin et la directrice des communications Marie-Ève Leclerc-Parker avaient déjà commencé à repositionner la ligne éditoriale sur des problématiques plus contemporaines. En partenariat avec l’agence Gauthier, Julien Abadie a donc entrepris de moderniser l’identité visuelle du magazine.

Dans le nouveau logo, la boucle du V et le point du i sont reliés. Ce détail a priori sans importance est en fait très symbolique : il exprime le lien entre le public et le monde des arts visuels incarné par le magazine, mais aussi avec la matérialité et l’humain. Alors que le mot « art » prenait davantage de place, c’est désormais la « vie » qui est mise de l’avant. 

Cette nouvelle image de marque est le point culminant d’une stratégie numérique plus vaste. « Je crois que le web incarne la deuxième chance du papier, estime Julien Abadie. Paradoxalement, le virtuel donne plus de valeur au réel. »

Transition numérique

Alors que Vie des arts était jadis la référence en arts visuels, il a tardé à s’adapter aux bouleversements apportés par l’internet. En étant peu en phase avec son époque, l’image de Vie des arts s’est abîmée et le lectorat conquis dans les années 1980 ne s’est pas renouvelé. La concurrence, par exemple le magazine Spirale, a quant à elle gagné en reconnaissance grâce à un positionnement marketing plus efficace.

« La difficulté est de réussir à rajeunir son image sans perdre le lectorat historique, c’est vraiment la quadrature du cercle », illustre-t-il. Pour cela, pas question de miser sur des abonnements entièrement numériques, plutôt réservés à une élite médiatique comme le New York Times ou Le Monde. Il mise plutôt sur une formule hybride.

Sur le nouveau site internet, lancé l’année dernière, les abonnés au magazine papier peuvent donc retrouver l’intégralité de la revue. Les autres ont accès à deux articles gratuits par mois. « C’est une offre unique au sein des revues québécoises en arts visuels, on est les seuls sur ce modèle d’affaires qui permet d’individualiser la consommation de contenus », souligne le directeur.

Site web archaïque

Sur l’ancien site web, tous les numéros de Vie des arts étaient publiés de façon archaïque dans un format .jpeg difficilement lisible. Le premier chantier a donc été de convertir les articles au format PDF. Pour cela, Julien Abadie s’est plongé dans les archives et a reconstitué manuellement tous les numéros de 1956 à 2011. Un travail de fourmi qui a pris des mois, soirs et fins de semaine inclus.

Le directeur souhaitait aussi que les articles des dix dernières années soient accessibles directement sur le site. Faute de trouver une manière efficace pour automatiser le processus, la directrice des communications et lui ont exporté, un par un, les 1500 articles.

Dans le cadre de cette offensive numérique, tous les contenus sont aussi régulièrement partagés du site vers les réseaux sociaux. Vie des arts a investi Facebook et Instagram, ce qui a eu un effet positif immédiat sur les abonnements, selon Julien Abadie.


Vitrine pour le papier

La nouvelle vitrine web a ainsi permis de mieux articuler les médiums. « Si on veut proposer une contre-programmation au monde numérique, on doit assumer et jouer le jeu à fond, croit-il. Il faut que le papier devienne quelque chose qu’on veut conserver précieusement. » Matérialité doit ainsi rimer avec qualité.

L’équipe a fait le choix d’un papier mat à la couleur crème agréable pour l’œil, avec plus de grain et de chaleur. Le magazine a également gagné des points sur le plan écologique, puisqu’il est constitué à 30 % de papier recyclé, fabriqué par une entreprise québécoise et possède la certification PrintReleaf, c’est-à-dire qu’il y a autant d’arbres replantés que consommés.

« C’est un peu comme le vinyle, revenu à la mode avec le numérique : ce qu’on pouvait perdre en précision du son, on venait le gagner en chaleur », analyse Julien Abadie. L’objet reprend ainsi sa place dans un univers dématérialisé où tout s’accélère, comme une apologie de la lenteur et de l’expérience tactile.


PUBLIÉ LE 26/04/2021


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