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Bonne Journée mondiale des émojis !

Publié le 15/07/2020 | par Gabriel Provost

Comme tous les 17 juillet depuis 2014, on célèbre la Journée mondiale des émojis. Pourquoi cette date? Parce que l’émoji «calendrier» affiche justement ce jour…

17 juillet émoji

Depuis leur création en 1999 par le japonais Shigetaka Kurita, les émojis n’ont jamais été aussi utilisés qu’aujourd’hui. Sur la plateforme Messenger uniquement, les usagers ajoutent quotidiennement 5 milliards d’émojis à leurs conversations. Des 176 images présentes en 1999, plusieurs se sont ajoutées au fil des ans. On en recense aujourd’hui 3 136, qui sont officiellement reconnues par le consortium Unicode. Cet organisme assigne un code à chacune des petites images et officialise leur authenticité. 

Un miroir de notre société

L’année 2020 a notamment vu apparaître l’émoji « bubble tea », « fondue suisse », « mammouth » et 114 autres images. Mais les émojis sexuellement inclusifs sont ceux qui ont davantage retenu l’attention cette année. Ils ont été créés pour que les personnes issues des minorités sexuelles soient aussi représentées par les petites images qui leur sont proposées. Le mouvement a été lancé par Apple en 2019, qui avait introduit des images de personnes de la communauté LGBTQ. Des émojis aux couleurs de peau variées ont aussi été introduits en 2015 à la suite de revendications de personnes qui ne sentaient pas que le jaune, la couleur de base des émojis dans le système iOS d’Apple, entre autres, était représentatif de leur propre couleur de peau. Au fur et à mesure que les émojis apparaissent, ils incluent une plus grande part de la population. Le but visé est que tous sentent qu’ils sont inclus dans ce langage qui se veut « universel ». 

Langage universel ? Pas forcément !

Techniquement, les émojis ont une signification qui est censée être comprise par tous puisqu’ils illustrent les propos des utilisateurs de façon à clarifier des émotions. Étant donné qu’ils s’immiscent dans toutes les sphères de la société, certains n’y sont pas encore habitués. Le domaine juridique, par exemple, a dû apprendre à travailler avec ces nouveaux éléments, qui font maintenant partie de plusieurs causes. 

L’avocate Laurence Bich-Carrière s’intéresse aux émojis et a donné plusieurs conférences sur le sujet pour le Barreau du Québec. Selon elle, « le droit a certains outils pour les comprendre et les décoder, mais chaque nouveauté implique qu’il faut se mettre en mode émoji. » 

Me Bich-Carrière croit qu’ils sont devenus essentiels et que de les retirer d’un message qui sert de preuve dans un procès serait une erreur. « Si quelqu’un en a inséré dans un message, c’est probablement que ça veut dire quelque chose pour cette personne, ne serait-ce que de mettre l’accent sur quelque chose. Parfois, il faut que les deux parties dans une affaire s’entendent sur la signification d’un émoji pour une cause. Et il peut arriver que des experts, comme un linguiste ou un policier qui a acquis des compétences par son expérience professionnelle, soient appelés à témoigner en cour pour expliquer le sens d’un émoji. Tout dépend aussi de la connaissance qu’ont les gens des émojis. Pour donner l’exemple auquel vous pensez peut-être : une aubergine n’est pas forcément un légume ! »

Ainsi, on peut imaginer qu’une petite image peut changer le cours d’un procès. Me Bich-Carrière donne l’exemple de deux trafiquants de drogue qui utiliseraient un cheval dans une conversation par textos : « Ici, on ne parle pas de cheval, on parle plutôt de mescaline ».

Des usages qui n’avaient sans doute pas été anticipés par l’inventeur de l’émoji, et il sera intéressant de surveiller comment ces petits pictogrammes contamineront nos communications dans les prochaines décennies.

Gabriel Provost