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Être journaliste en 2020 : Face à la précarité

Pascaline David

Être journaliste en 2020, ce n’est pas une sinécure. La profession demande toujours plus de travail et de compétences, avec un salaire moins élevé. Pourtant, elle continue à faire rêver de nombreux étudiants qui souhaitent combattre la désinformation.

Journaliste - Précarité
Photo : Artem Maltsev | Unsplash

Lire première partie de ce texte : «Être journaliste en 2020 : Face à la crise de confiance»

À ses élèves dont les yeux brillent à l’idée d’exercer ce métier, Jean-Hugues Roy, professeur à l’École des médias de l’UQAM, ne raconte pas de mensonges. Les débuts de carrière, comme dans d’autres domaines, sont souvent difficiles.

« Être un bon journaliste, c’est incarner un mélange entre Marie Curie et Fred Pellerin, image-t-il. Ça prend la rigueur de la première et les capacités de conteur du second. »

Qu’on veuille s’illustrer à La Presse, dans un magazine spécialisé ou à la pige, il est nécessaire d’avoir les mêmes qualités fondamentales qu’à l’époque d’Albert Londres, compare Jean-Hugues Roy. Curiosité, rigueur et, surtout, un sens de l’intérêt public sont de mise.

Pour se faire un nom, la tentation est grande d’accepter un poste bénévole ou un stage non rémunéré. « On demande quand même aux [étudiants] de nous rapporter tous les abus de ce genre, qui s’apparentent à de l’exploitation », estime Jean-Hugues Roy.

Il faut en outre savoir faire face à la pression, souvent très forte dans les quotidiens. Si les conditions et salaires varient sensiblement d’une entreprise de presse à l’autre, une chose est vraie presque partout : la baisse d’effectifs dans les salles de rédaction.

Ajouter quelques cordes à son arc

Ainsi, « le journaliste de 2020 travaille plus et n’est pas payé davantage, écrit Mathieu-Robert Sauvé dans Le journaliste Béluga : les reporters face à l’extinction, qui dresse un portrait critique du métier. De plus, on s’attend à ce qu’il soit polyvalent et capable de produire tant à l’écrit qu’à l’audiovisuel. »

À preuve, on conseille aux jeunes journalistes d’acquérir des compétences techniques. En informatique, par exemple. À l’UQAM, entre autres, on offre d’ailleurs des cours optionnels de programmation aux étudiants en journalisme. Cela facilite la collecte et l’analyse de données dans le cadre d’une enquête.

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Le cas de la pige

Depuis le début de l’année scolaire, la journaliste et rédactrice en chef de Ricochet, Gabrielle Brassard-Lecours, donne un cours d’introduction au reportage à l’Université Concordia. Et elle met un point d’honneur à présenter toutes les options de carrière qui s’offrent à ses étudiants, dont la pige.

Souvent mal rémunérée au Québec, la pige a pourtant quelques atouts. La formule permet une certaine liberté dans les sujets et les formats. De plus, les pigistes ont le loisir de proposer leurs idées à différents types de médias pour sortir des logiques marchandes qui influencent parfois les salles de nouvelles.

« Ce qui est sûr c’est qu’il faut diversifier ses activités, souligne-t-elle. La pige, en 2020, ce n’est pas juste écrire des articles journalistiques. Tu peux faire de la formation, de la recherche et multiplier les médiums. »

Or, il existe encore des préjugés concernant les pigistes, d’après elle, perpétués par un milieu encore trop ancré dans une époque révolue. « Certains pensent que tu es pigiste en attendant autre chose, que c’est un statut temporaire, témoigne-t-elle. Il faut s’enlever de la tête l’idée que si tu ne décroches pas un emploi permanent au Devoir, à Radio-Canada où à La Presse, tu n’as pas vraiment réussi ta carrière. »

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Les étudiants au rendez-vous

La formation universitaire est aussi devenue une exigence minimale pour être journaliste en 2020 au Québec. Même s’il n’existe pas de barrières réglementaires à l’entrée, le milieu valorise de plus en plus le baccalauréat, que ce soit en journalisme, voire en sciences politiques ou économiques.

D’ailleurs, l’envie d’étudier et de travailler dans le domaine ne tarit pas. Jean-Hugues Roy a observé une hausse des inscriptions après l’élection de Donald Trump dans les programmes de journalisme. « Chaque année, on fait des entrevues de sélection et, chaque année, je suis ému de voir la flamme dans les yeux des futurs étudiants. Ils voient qu’il y a un problème et veulent s’enrôler pour combattre la désinformation. »

Autre bonne nouvelle : à la sortie des études, la demande semble être toujours là. « Tous les ans, Radio-Canada cherche à recruter chez nous, ajoute le professeur. On assiste même à une pénurie de cadres dans d’autres médias. »

Et pour tenter de remédier à la baisse des effectifs dans les salles de rédaction québécoises et canadiennes, certains programmes pointent le bout de leur nez. On pense en particulier à l’Initiative de journalisme local ou à des bourses telles que le Fonds québécois en journalisme international.

Oui, il y a encore place à l’optimisme.


PUBLIÉ LE 10/11/2020