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Journalisme et sciences : un mariage pas toujours heureux

Mathias Marchal
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Et si on vous disait qu’une proportion non négligeable de journalistes québécois jugent que l’astrologie et l’homéopathie relèvent de la science ? C’est du moins ce que montre une étude rendue publique à l’occasion du dernier congrès de la FPJQ.

journalisme scientifique
Illustration : Adobe Stock

L’étude en question, intitulée Connaissances et représentations des sciences chez les artisans francophones canadiens et québécois de l’information, a été réalisée ce printemps auprès de 525 membres des médias. Des journalistes, recherchistes, animateurs, affectateurs ou blogueurs y ont participé.

Afin d’évaluer les connaissances scientifiques générales des journalistes ainsi que leurs perceptions vis-à-vis de la science, une vingtaine de questions leur ont été posées, dont 13 tirées des sondages européens Eurobaromètre. Par exemple : « Les électrons sont-ils plus petits que les atomes ? » ou « Peut-on assainir du lait radioactif en le faisant bouillir ? »

Un niveau de connaissances « élevé »

Avec un score moyen de 10,54 sur 13, les journalistes québécois se démarquent de l’Européen moyen, dont la note est de 8,24. « Le niveau de connaissances est élevé », note l’un des coauteurs de l’étude, Yves Gingras, historien et sociologue des sciences à l’UQAM. D’après le chercheur, ce résultat serait directement lié à la formation des professionnels de l’information.

S’il juge les journalistes québécois comme étant « des observateurs compétents », Yves Gingras avoue avoir été « surpris » que 9 % des journalistes considèrent que l’homéopathie a des fondements scientifiques et trouve « bizarre » que 16 % d’entre eux associent l’astrologie au domaine scientifique.

On retrouve plus fréquemment ce type de croyances dans le groupe des journalistes classés comme « critiques de la science », qui représente 20 % des sondés, détaille-t-il. Ce groupe compte une plus forte proportion de femmes et de jeunes, alors que les « pro-science » (31 %) regroupe un échantillon de journalistes plus âgés et majoritairement de sexe masculin. Enfin, le groupe des « modérés » englobe 49 % des journalistes interrogés.

Développer le sens critique

L’étude, que cosigne le professeur de l’École des médias Jean-Hugues Roy, a été entre autres réalisée afin que les scientifiques comprennent mieux les journalistes, ces « intermédiaires » dans la transmission de l’information scientifique.

« Les scientifiques peinent à adapter leur discours en fonction de leur auditoire, lance Yves Gingras. Les journalistes, eux, manquent souvent de temps et d’une certaine distance critique pour être capables de séparer les informations les plus importantes dans la masse d’informations qu’ils reçoivent. »

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Deux exemples concrets

Il donne l’exemple de la COVID. « Les médias relaient chaque jour le nombre de nouveaux cas positifs à la COVID-19 en disant que ce nombre augmente. Pourtant, il s’agit souvent d’une fluctuation statistique. Par exemple, si on compte 870 cas une journée, 930 le lendemain, puis 1000 cas, ce ne sont pas vraiment des hausses, mais des fluctuations autour de la moyenne. Comme ce nombre dépend évidemment du nombre de tests effectués, il faudrait plutôt donner le taux de positivité, c’est-à-dire le pourcentage des positifs parmi les testés. »

Yves Gingras observe aussi parfois un manque de sens critique chez les journalistes face à certains sujets. Il donne en exemple le projet de téléréalité Mars One Venture, « une farce qui a duré des semaines » et qui n’aurait jamais dû avoir autant de visibilité. Même chose en ce qui concerne Raël et le clonage, selon lui.

La recommandation des chercheurs à la lumière de leur étude ? S’assurer que les futurs journalistes soient suffisamment outillés en science en intégrant des séances dédiées aux principales connaissances scientifiques. 

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Lire le rapport de l’étude.


PUBLIÉ LE 11/11/2020