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InfoBref: le média qui veut vous informer… vite

Publié le 07/10/2020 | par Jessica Dostie

Un nouveau média numérique est né. L’intention de son éditeur Patrick Pierra ? Résumer l’essentiel de l’actualité affaires, politique et techno en deux infolettres quotidiennes qui se lisent en moins de cinq minutes, top chrono. Discussion.

Patrick Pierra

«On est en quelque sorte l’antithèse de La Presse+.»

-Patrick Pierra, éditeur d’InfoBref

La tendance aux contenus « micros » se répand. InfoBref s’inspire d’ailleurs du site de nouvelles brèves Axios, entre autres. En quoi la formule se distingue-t-elle des médias dits traditionnels ?

L’esprit de base est le même : on a des journalistes — deux dans notre cas — qui cherchent, trouvent, sélectionnent et rédigent des informations. Cela dit, plusieurs éléments nous distinguent vraiment des autres médias, à commencer par la brièveté de nos contenus, conçus pour être diffusés par courriel sous la forme d’une infolettre. On s’adresse à des entrepreneurs, à des gestionnaires et à des professionnels, des gens âgés de 30 à 45 ans, qui ont peu de temps pour s’informer pendant leur semaine de travail. C’est pourquoi la plupart des sujets sont synthétisés en trois phrases.

En conséquence, on a adopté une approche moins axée sur les articles et davantage sur les bulletins, un peu à l’image des bulletins de nouvelles radiophoniques. On privilégie aussi des angles autour de l’entrepreneuriat, du travail, de la carrière et des affaires. En ce sens, on s’éloigne encore plus des médias traditionnels, qui mettent plus souvent l’accent sur les sujets grand public, les nouvelles locales, culturelles ou les chroniques d’opinion. Ce n’est pas du tout notre orientation.

Comment ce genre de format pourrait-il contribuer à la démocratisation de l’information ?

Ce serait prétentieux de l’affirmer. Je pense toutefois que notre niche de format court est intéressante parce qu’elle n’est encore pratiquement pas exploitée dans la presse écrite. À la radio, ça existe depuis longtemps, mais à l’écrit, pas vraiment. Même que c’est l’inverse dans l’économie des médias écrits. La tendance actuelle, c’est d’augmenter le temps que les lecteurs passent à lire leurs contenus. Ils s’orientent donc davantage vers les exclusivités et les enquêtes. Tout ça, c’est très bien, mais lire ces longs reportages demande du temps.

Sans avoir la prétention de démocratiser l’information, je crois que les formats actuels ne sont pas adaptés à tout le monde. On est en quelque sorte l’antithèse de La Presse+, qui publie chaque jour une centaine d’articles. À raison de, disons, 2 ou 3 minutes par article, ce n’est pas compliqué : il faut y passer 4 heures ! Tout le monde ne dispose pas d’autant de temps.



Ce modèle du bulletin du matin (5 h) et de l’après-midi (16 h) rappelle en quelque sorte les deux éditions que produisaient les quotidiens avant la télé et les nouvelles en continu. Avez-vous l’impression de faire un retour en arrière ?

Dans l’histoire des médias, c’est arrivé régulièrement qu’on revienne avec des résumés et des trucs plus courts. Il y a eu Reader’s Digest. Il y a eu Newsweek, qui, au départ offrait un tour d’horizon de l’actualité de la semaine. Ça a d’ailleurs été une des forces des hebdomadaires pendant un certain temps. On a aussi retrouvé ce concept de brièveté de l’information dans les premiers journaux gratuits. En France, le concept du quotidien 20 minutes, c’était justement de faire le tour des nouvelles en 20 minutes. Nous, c’est en 5 minutes ! Certes, le virage de l’information écrite vers l’exclusif et les enquêtes crée une profondeur de contenu extraordinaire, mais les lecteurs peuvent consommer moins d’unités de ce genre de contenus chaque jour. Et à part les retraités, qui a le temps de suivre les nouvelles en continu ?

Le modèle d’InfoBref repose principalement sur l’envoi d’infolettres quotidiennes. Les infolettres pourraient-elles sauver les médias ?   

L’avantage des infolettres, c’est qu’elles ne dépendent pas de plateformes comme Facebook ou Google. On a donc une relation un peu plus directe avec les gens qui s’inscrivent. Cela dit, je ne crois pas un instant que les infolettres vont remplacer les quotidiens. Graydon Carter, l’ancien rédacteur en chef de Vanity Fair l’a essayé avec Air Mail et ça ne marche pas vraiment. Les contenus sont excellents, mais pas du tout adaptés à ce format.

Quelle est la meilleure stratégie de contenu pour face à la concurrence des médias traditionnels, qui utilisent eux-mêmes les infolettres ?

Les médias produisent des infolettres dans la logique d’amener des lecteurs sur leur site. Leurs titres ne sont pas rédigés pour informer, mais pour inciter à cliquer, de la même manière que sur les réseaux sociaux, les médias se battent pour attirer l’attention avec un titre et une photo. Nos infolettres sont plutôt conçues pour être consommées directement dans le courriel. Oui, on ajoute des liens, mais notre modèle est vraiment différent.


Pour s’abonner à InfoBref, c’est par ici.

NOTE DE LA RÉDACTION : Patrick Pierra est associé de 37e AVENUE, l’éditeur du site Les Écrans.


Jessica Dostie

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