Les écrans

Du temps d’écran bien investi

Recherche: Les médias sondés sur leur utilisation de l’IA

Patrick White

Qu’en est-il de l’intégration de l’intelligence artificielle (IA) dans les médias canadiens? Patrick White, responsable du programme de baccalauréat en journalisme de l’UQAM, et l’étudiant à la maîtrise Nicolas St-Germain se sont penchés sur la question.

Photo : Adobe Stock

Le professeur Patrick White et Nicolas St-Germain, étudiant à la maîtrise en communication de l’UQAM, ont présenté leur projet de recherche dans le cadre du 88e congrès de l’ACFAS. On peut aussi consulter un résumé de l’étude, intitulée Les impacts de l’IA sur les pratiques journalistiques au Canada, dans le magazine numérique spécialisé Cscience.

Depuis mai 2020, nous avons fait une revue complète de la littérature sur l’IA en journalisme et analysé les outils des grands médias qui en font l’usage. Nous avons aussi envoyé un questionnaire à 13 des grands médias du Québec et du Canada anglais, puis décortiqué leurs réponses.

Essentiellement, on constate une disparité dans l’utilisation des outils liés à l’IA. En effet, l’usage de cette technologie varie selon le média. Outre le Globe and Mail et La Presse Canadienne/The Canadian Press, qui ont une utilisation poussée, six autres répondants en font un usage somme toute limité.

À noter que la majorité des répondants (9 sur 13) ont requis l’anonymat.

Voici la vidéo de Nicolas St-Germain, qui a présenté l’étude au Congrès annuel de l’ACFAS :

Plus du tiers des médias sondés n’utilisent pas l’IA

Selon les réponses obtenues, cinq répondants mentionnent ne pas faire usage de l’intelligence artificielle. Ces résultats semblent montrer que les moyens financiers ainsi que la portée du média jouent un rôle dans l’intégration ou non de cette technologie.

Concrètement, le Globe and Mail, seul quotidien national au Canada, utilise des outils liés à l’IA à outrance, et ce, dans les trois sphères énumérées précédemment. À l’opposé, le quotidien Métro, propriété de Métro Média, ne l’utilise pas du tout. Ce dernier ainsi qu’un autre de nos répondants ne croient pas non plus en faire usage dans les cinq prochaines années. 

Cette tendance liée aux moyens financiers ainsi qu’à la portée du média semble rejoindre les tendances observées à l’étranger, à savoir que les médias les plus riches sont souvent ceux pouvant se permettre d’intégrer ce type d’outils étant donné leur capacité à absorber les risques économiques. 

Nous avons pourtant constaté des usages multiples de l’IA qui pourraient libérer certains journalistes afin de réaliser davantage de contenu à haute valeur ajoutée : optimiser la rentabilité de leurs contenus produits en ligne, automatiser la page d’accueil d’un média, détecter de fausses nouvelles, recommander des contenus intemporels ou d’archives personnalisées au lecteur, automatiser des nouvelles routinières (sports, finances ou autres), transcrire de l’audio et de la vidéo en quelques secondes, etc.

Les médias sondés n’ont pas l’expertise pour maximiser leur usage de l’IA

Notre deuxième constat permet d’établir que, dans l’ensemble, nos répondants possèdent une connaissance de base au sujet des outils liés à l’IA ainsi que leur champ d’applicabilité, mais qu’ils ne possèdent pas l’expertise pour concevoir les outils.

Ils sont conscients des avantages que peut leur apporter cette technologie, surtout quant à l’économie de temps, mais en même temps, elle semble encore perçue par certains comme n’ayant pas d’avantage pour eux, surtout pour des raisons économiques qui font que le simple fait de penser à une possible intégration ne sert à rien. Cela laisse croire que les médias n’ont possiblement pas le temps d’innover considérant que plusieurs sont en mode survie.


Sur les avantages de l’IA

De plus, il faut préciser que la technologie n’est pas là pour remplacer le travail des journalistes. En fait, le pourcentage de travailleurs à risque de voir leurs postes automatisés varie entre 8 % pour les éditeurs et les journalistes et 11 % pour les reporters et les correspondants selon les estimations de deux chercheurs de l’université d’Oxford (Frey et Osborne, 2017).

L’objectif est que ce petit pourcentage de journalistes touchés soit déplacé pour accomplir un travail à forte valeur ajoutée soit en collaborant sur des enquêtes qui autrement n’auraient jamais vu le jour, soit en mettant sur pied des postes de journalistes de solutions et de journalistes de données ou encore des infolettres spécialisées et de longs balados.

Par ailleurs, cette tendance populaire à croire que la technologie va remplacer le journalisme est causée en partie par l’usage du mot robot au lieu des termes programme informatique ou outils liés à l’IA chaque fois que ces innovations sont abordées dans les médias ou dans les travaux universitaires.

Nous recommandons donc la fin des silos au sein des médias, davantage de collaboration entre les médias et avec les universités et une ouverture aux technologies d’IA au sein des rédactions afin de préparer l’avenir… qui est en fait maintenant.

+

Pour recevoir chaque semaine l’infolettre de Patrick White sur les médias, abonnez-vous ici!


PUBLIÉ LE 07/05/2021


VOIR AUSSI :
État des lieux du journalisme québécois
journalisme québécois

Le journalisme québécois a connu une année sombre en 2020. Bilan.

Deux générations de journalistes se rencontrent
André Lavoie Josiane Desjardins

Tête-à-tête avec André Lavoie et Josianne Desjardins.

Journalisme et sciences : un mariage pas toujours heureux
journalisme scientifique

Une étude a évalué les connaissances scientifiques des journalistes...

Pourquoi j’ai mis un terme à ma carrière en journalisme
carrière en journalisme

Être ou ne plus être journaliste? Là est la question.