Les écrans

Du temps d’écran bien investi

Partager ses photos de famille pour enrichir l’histoire

Marianne Prairie

Sur les médias sociaux, historiens, citoyens et curieux se réunissent autour des images d’une époque révolue, par exemple sur les groupes Montréal Disparu, qui rallie plus de 35 000 membres, ou Expo 67. Observation d’un phénomène niché qui mêle nostalgie et protection du patrimoine.

Photo : Laura Fuhrman | Unsplash

Comme tout bon groupe Facebook typique, ceux dédiés aux photos anciennes sont des espaces collaboratifs et privés souvent créés par une personne férue d’un sujet bien précis.

Julie Bélanger, administratrice du groupe Expo 67, a lancé le sien en avril 2007, autour du 40e anniversaire de l’événement. Cette passionnée d’architecture cherchait notamment des gens à qui poser ses questions pour documenter ce patrimoine précieux. « Je souhaitais mettre toutes les ressources en commun, entre autres pour départager les légendes urbaines des faits. »

Au fil des ans, son groupe a rassemblé des baby-boomers attachés à leurs souvenirs de jeunesse, mais surtout une communauté internationale de plus de 7 700 personnes. Il a ainsi gagné une solide crédibilité grâce à la qualité des contenus qu’on y trouve. Ses membres ont même contribué à sauver des œuvres jetées à la voirie et à influencer la gestion du parc Jean-Drapeau.

Grâce à son statut de référence, le groupe reçoit des contributions et des témoignages de sources privilégiées, surtout de gens ayant travaillé à l’Expo 67. « Par exemple, après le décès de son père, la fille du directeur du pavillon des États-Unis nous a partagé les photos de sa collection privée », illustre fièrement Julie Bélanger.

Entre nostalgie et plaisir de la connaissance

Administrateur du groupe Facebook Montréal Disparu, l’historien Mathieu Trépanier a établi d’emblée une ligne éditoriale très claire : « l’histoire des lieux, monuments, édifices, parcs, rues, dont il ne reste plus de trace physique dans la ville actuelle ». Lancé à la fin de l’année 2019, son groupe compte 35 700 membres, un succès qui le surprend encore. « Je l’ai fait sans attente, pour le plaisir de la connaissance. »

Montréal Disparu compte une majorité de membres francophones originaires de l’est de la métropole. Mathieu Trépanier observe toutefois une grande mixité sociale et générationnelle au sein de cette vaste communauté. D’après lui, deux motifs poussent les gens à joindre les groupes de photos d’archives. « Ils sont soit attirés par la connaissance historique, soit par la nostalgie, le désir de revoir un Montréal qu’ils ont connu et qui n’existe plus », croit-il.

À Saint-Jean-sur-Richelieu, d’ailleurs, autant les nostalgiques que les passionnés d’histoire sont à l’œuvre dans les groupes groupes T’es Johannais et Clin d’œil au passé de St-Jean-sur-Richelieu. Les anecdotes et les souvenirs abondent sous les partages d’anciennes photos de classe, de tournoi de hockey et du fameux yacht-club. Ces discussions côtoient les « photos énigmes » d’une historienne autodidacte très prolifique (plus de 1000 énigmes depuis 2016 !), ainsi que des illustrations datant de la Nouvelle-France accompagnées de fascinants récits historiques.

> LIRE AUSSI :
Facebook n’est plus su’a coche

Des questions éthiques

Éliane Bélec, historienne, médiatrice et vulgarisatrice se tourne parfois vers certains groupes de photos anciennes pour s’inspirer ou s’informer. Elle se questionne toutefois sur la manière d’utiliser et de pérenniser cette montagne de contenus qui se multiplient de façon exponentielle.

« Comme chercheuse, ça pose certains enjeux méthodologiques, entre autres sur le respect de la vie privée », remarque-t-elle. En partageant leurs photos de famille, les membres de ces groupes consentent aux règles de Facebook, pas à un protocole de recherche.

Un enjeu qui tient Julie Bélanger éveillée la nuit : « Quand les membres quittent Facebook ou décèdent — ça arrive de plus en plus souvent —, on perd les photos dans le groupe. » Elle travaille sur un site parallèle où elle invitera les gens à documenter de façon indépendante et éthique leurs contributions. « Et sans oublier d’indiquer la source ! » ajoute-t-elle.

Pour Éliane Bélec, malgré ces défis, ces groupes Facebook offrent de belles occasions d’éducation, et pas seulement au passé : « Beaucoup de ces espaces sont menés et animés par des gens qui ont à cœur les enjeux du présent, qui souhaitent sensibiliser leur communauté au sens de l’histoire et développer leur conscience historique. »


PUBLIÉ LE 31/03/2021


VOIR AUSSI :
Ce que Facebook nous réserve en 2021

Résumé des plus récentes annonces au sujet de cette plateforme incontournable.

Les nuances, selon Facebook et Twitter
Dépister la désinfo

Lutter contre la désinformation comporte des risques.

L’art du Facebook Live en 4 conseils
Facebook Live trucs

Quatre règles d’or pour une diffusion réussie.

Facebook à l’ère de la modération artificielle
Facebook surveillance

Comment Facebook a laissé l’IA modérer ses utilisateurs.