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Fausses nouvelles : le mal de notre siècle

Publié le 09/10/2020 | par Jean-Baptiste Hervé

La journaliste Camille Lopez, spécialiste des fausses nouvelles, en connaît un rayon sur la désinformation. Décryptage.

Camille Lopez

«Aujourd’hui, il y a des figures médiatiques et politiques importantes qui répètent que les journalistes sont les ennemis de la population. Un tel discours répété à des centaines de milliers de personnes va nécessairement amener un déni du journalisme.»

-Camille Lopez, journaliste

Qu’est-ce qu’une fausse nouvelle ?

Camille Lopez : « C’est une information qui a été conçue avec l’intention de créer quelque chose de faux. Ce n’est pas une erreur et ce n’est pas de la parodie. Il faut qu’il y ait une intention derrière cette « info » : l’intention de convaincre, de se donner du pouvoir, de faire de l’argent ou bien de nuire à quelqu’un. »

« Le terme est aujourd’hui utilisé à tout venant et c’est pour cette raison qu’il est important de distinguer les diverses formes de désinformation. Bref, ce qui donne leur définition aux fameuses fake news, c’est d’abord et avant tout l’intention de l’auteur. »

Pourquoi produit-on des fausses nouvelles ?

C.L. : « La réponse est très simple : c’est une arme. Il s’agit d’un outil de propagande extrêmement efficace. Quelqu’un qui veut nuire à la carrière d’une autre personne peut créer une fausse information pour tenter de la discréditer. Quelqu’un qui veut s’installer comme une personne de confiance sur un certain sujet peut aussi aller dans ce sens. On va utiliser la peur et une vision brouillée, voire pessimiste, du monde dans lequel on vit pour aller chercher l’adhésion des lecteurs ou des auditeurs. Ces personnes vont se présenter comme LA solution et comme les gardiens d’une certaine vérité qu’ils seraient les seuls à détenir. »

« Avec la pandémie, cette façon de faire, très efficace, il faut le dire, prolifère ces temps-ci. Il y a plein de gens vulnérables qui ne demandent qu’à se rallier autour de ces informations parfois créées de toutes pièces. »



Qu’en est-il du statut du journaliste ?

C.L. : « Ce que l’on perçoit à travers les réseaux sociaux n’est pas un échantillon représentatif. On y dénote toutefois une grande méfiance à l’égard des médias tous azimuts. La normalisation de ces théories mène à une plus grande méfiance envers le journalisme. Par contre, lorsque l’article partage leur point de vue, ils n’hésiteront pas à le diffuser dans leurs réseaux. C’est paradoxal à observer et, certes, un peu frustrant. »

« Aujourd’hui, il y a des figures médiatiques et politiques importantes qui répètent que les journalistes sont les ennemis de la population. Un tel discours répété à des centaines de milliers de personnes va nécessairement amener un déni du journalisme. Je crois qu’il est important de recommencer à comprendre les médias et à s’éduquer sur leur rôle. »

Pourquoi est-il essentiel de décrypter les fausses nouvelles ?

C.L. : « C’est tout simplement pour assurer l’équilibre et contrebalancer la désinformation. Autrement, si personne ne dément une fausse nouvelle, elle va devenir la seule référence sur les moteurs de recherche. Les journalistes spécialisés en vérification de faits s’attaquent justement à ce phénomène, dénommé data void. Par exemple, si on ne dément pas l’information voulant que Bill Gates souhaite nous implanter une micropuce à l’aide d’un vaccin, ce sera la seule référence sur le sujet dans Google. Voilà l’une des raisons d’être du métier de décrypteur. »

« Le journaliste vérificateur de faits a aussi un rôle de pédagogue. En vulgarisant son travail, il démocratise de simples outils de validation de l’information. »

réflexes contre la désinformation

+

Dans le cadre des Formations 2.0 de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), Camille Lopez animera une discussion sur les trolls et le harcèlement à l’ère des médias sociaux ce mercredi 14 octobre 2020.


Jean-Baptiste Hervé

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