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Facebook: une sale réputation, et après?

Steve Proulx

Il ne se passe pas une semaine sans qu’une tuile s’abatte sur la tête de Facebook. La dernière en date: le téléversement en ligne des données personnelles de 533 millions d’utilisateurs du réseau social.

Photo : Christophe Scholz

Tous ces revers ont au moins une conséquence: la réputation du géant des réseaux sociaux en prend solidement pour son rhume.

Cette chronique a d’abord été publiée dans l’infolettre InfoBref du samedi 10 avril. Pour s’y abonner, c’est par ici.

Trump, Monsanto et Facebook

En 2020, dans le palmarès Axios The Harris Poll 100, qui évalue la réputation des 100 entreprises les plus «visibles» aux États-Unis, Facebook glissait en 97e place.

Ce sondage annuel, mené auprès de 34 000 Américains, concluait donc que, dans l’opinion publique, Facebook est à peu près au même niveau que des entreprises assez peu fréquentables comme le géant des pesticides Monsanto, la Trump Organization et JUUL Labs, un fabricant de cigarettes électroniques accusé d’avoir ciblé les jeunes dans ses publicités.

Facebook est en outre le seul membre du club des GAFAM à faire aussi partie de ce club des mal-aimés. En comparaison, dans le même palmarès, Google se classait en 24e place, Apple en 27place, Amazon en 3e place et Microsoft en 19e.

C’est en 2019 que la réputation de Facebook a piqué du nez de façon vertigineuse, passant de la 51place à la 94e.

Nous étions alors dans la foulée du scandale Cambridge Analytica, après avoir appris que cette firme britannique aurait utilisé les données de millions d’utilisateurs de Facebook pour influencer le résultat des présidentielles américaines de 2016 en faveur de Donald Trump.

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L’année qui vient de s’écouler n’a pas non plus été de tout repos pour Facebook :

  • Campagne de boycottage de grands annonceurs après le meurtre de George Floyd;
  • Poursuite pour pratiques anticoncurrentielles par le gouvernement américain et 48 États américains;
  • Bras de fer avec l’Australie sur la question des redevances aux médias locaux pour la réutilisation de leurs contenus;
  • Démissions de cadres mécontents de la politique trop molle de Facebook en ce qui concerne les propos haineux.

À cela, il faut ajouter les critiques de plus en plus vives en ce qui a trait au rôle de Facebook dans l’explosion de la désinformation en ligne.

Ces derniers mois, en fait, on a surtout vu Mark Zuckerberg, le visage livide, passer plusieurs mauvais quarts d’heure devant des représentants du Congrès américain à devoir défendre sa plateforme.

L’importance d’une réputation

Facebook a donc un sérieux problème de réputation. Mais, comme le dirait Yvon Deschamps, une réputation, «kossà donne»? Prenons en considération les faits suivants :

  • Le nombre d’utilisateurs actifs de Facebook est toujours en croissance (2,7 milliards d’utilisateurs au dernier trimestre de 2020).
  • Après avoir plongé au début de la pandémie, le cours de l’action de Facebook a repris du poil de la bête. Au moment d’écrire ces lignes, cette dernière valait 313$US. C’est presque un sommet historique.

En somme, la sale réputation que traîne Facebook depuis quelques années n’a eu aucun effet sur sa santé financière. Du moins, pour l’instant.

C’est peut-être pour de pareilles raisons qu’il n’est pas saugrenu de se demander : Facebook est-il devenu trop gros pour sombrer (too big to fail)?


PUBLIÉ LE 14/04/2021


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