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Faut-il casser Facebook en morceaux?

Steve Proulx

La nouvelle a eu l’effet d’une bombe : mercredi dernier, la Commission de la concurrence américaine (FTC) intentait une poursuite contre Facebook pour pratiques anticoncurrentielles. Le même jour, dans une poursuite séparée, une coalition de 48 États américains faisait la même chose, pour les mêmes raisons.

Illustration : Annie Spratt | Unsplash

C’est le dernier épisode d’une lutte contre les géants du Web qui s’annonce épique. Est-ce le début de la fin des GAFAM?

Ce combat judiciaire s’annonce long, très long.

Cette chronique a d’abord été publiée dans l’infolettre InfoBref du samedi 12 décembre. Pour s’y abonner, c’est par ici.

Dans le coin droit

La FTC souhaite briser le monopole de Facebook et le forcer à cesser ses pratiques anticoncurrentielles. Si la FTC remporte ce bras de fer, Facebook pourrait devoir se départir d’Instagram et de WhatsApp.

De son côté, la coalition de 48 États américains accuse Facebook d’avoir violé l’article 2 du Sherman Antitrust Act, entre autres. En plus d’exiger la fin des pratiques anticoncurrentielles alléguées, elle demande à la justice américaine d’empêcher Facebook de réaliser des acquisitions de plus de 10 millions de dollars avant d’avoir obtenu l’autorisation des États.

Dans le coin gauche

Dans une déclaration officielle, Facebook a rappelé à la FTC que cette dernière avait approuvé ses acquisitions (Instagram en 2012 et WhatsApp en 2014), et qu’elle voulait maintenant faire marche arrière «sans considérer l’impact qu’un tel précédent pourrait avoir sur la communauté d’affaires et sur les gens qui choisissent nos produits chaque jour.»

En entrevue à ABC News, la vice-présidente et directrice juridique de Facebook, Jennifer Newstead, a qualifié la décision de la FTC de «révisionniste». «Les lois antitrust existent pour protéger les consommateurs et promouvoir l’innovation, pas pour punir les entreprises qui ont du succès», a-t-elle ajouté.

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Des précédents

Ce n’est pas la première fois que les GAFA goûtent à la loi antitrust américaine.

  • À la fin des années 1990, Microsoft a été accusée de maintenir illégalement son monopole dans le marché des ordinateurs personnels en empêchant notamment les utilisateurs d’installer d’autres fureteurs Web au profit du fureteur maison de Microsoft, Internet Explorer.
  • En 2013, Apple a été poursuivie par la justice américaine et condamnée (en 2016) à payer une amende de 450 millions de dollars pour avoir fixé le prix des livres numériques avec cinq des plus importants éditeurs mondiaux.
  • En juillet dernier, les grands patrons des géants du Web ont été questionnés par visioconférence par la commission judiciaire de la Chambre des représentants dans le cadre d’une vaste enquête pour déterminer si les GAFA abusent de leur position dominante.

La lune de miel des GAFA avec la politique est terminée

Il n’y a pas si longtemps, les GAFA et leurs éblouissantes innovations suscitaient encore l’admiration de la classe politique. Le ton a changé ces derniers mois.

  • En octobre, le département de la Justice des États-Unis a intenté une poursuite contre Google, l’accusant d’exercer un monopole sur la recherche en ligne et le marché publicitaire.
  • Le gouvernement australien est sur le point d’adopter une loi qui pourrait forcer Google et Facebook à verser des redevances aux médias pour l’utilisation de leurs contenus.
  • Dans son dernier discours du Trône, le gouvernement Trudeau a promis d’agir contre les GAFAM.
  • Le président élu Joe Biden a même déclaré que le démantèlement des géants du Web devait être considéré.

Qui plus est, des voix s’élèvent un peu partout pour dénoncer le rôle central des géants du Web dans la propagation de fausses nouvelles, de propos racistes ou haineux, dans la polarisation extrême de la société.

Que donneront, en fin de compte, toutes ces poursuites, critiques et autres désillusions envers les géants du Web? Difficile à dire.

Attendons-nous tout de même à un rebrassage de cartes ces prochaines années. Et, à mon humble avis, le terme «GAFAM» n’en a plus pour longtemps…


PUBLIÉ LE 16/12/2020


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