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Efficace, le traçage électronique?

Publié le 21/07/2020 | par Agence Science-Presse

Avec la COVID-19, plusieurs pays se sont lancés dans une course à la création d’applications de traçage électronique pour téléphones intelligents. Mais, combien de personnes doivent les adopter pour qu’elles soient efficaces?

traçage électronique

Le traçage électronique, comment ça fonctionne?

À l’aide de la technologie Bluetooth, l’application retrace tous vos déplacements. Elle vous avertit si vous avez côtoyé une personne potentiellement infectée par la Covid, à moins de 2 mètres et pendant plus de 15 minutes, et vous invite à vous faire tester. Si c’est vous qui avez été déclaré positif à la Covid-19, vous en avertissez l’application, qui alerte la santé publique et lui envoie les données de géolocalisation ainsi que celles des personnes que vous avez croisées. L’application conserve ces données pour qu’on puisse aussi retrouver l’individu qui vous a peut-être contaminé.

L’avantage (théorique, pour le moment) du traçage électronique sur le traçage conventionnel, c’est sa vitesse. La santé publique et les individus potentiellement contaminés sont avertis plus rapidement, évitant potentiellement d’envoyer des personnes inutilement en quarantaine si l’application révèle qu’elles n’ont pas été en contact rapproché avec la personne contaminée.

Pour que ça fonctionne, toutefois, il faut que l’application soit suffisamment répandue. Votre téléphone ne peut détecter que vous avez croisé une personne infectée ou potentiellement infectée que si cette personne possède, elle aussi, l’application.

Le taux d’appropriation influence l’efficacité du traçage électronique

Le taux d’appropriation (soit le nombre de citoyens qui téléchargent l’application) est fondamental à la réussite de l’opération. Plus il est faible, moins l’application est efficace. D’autant plus que ce téléchargement est volontaire.

Des chercheurs de l’Université d’Oxford, cités par la BBC, estiment que pour qu’une application soit efficace, le taux d’appropriation doit être de 56 %. Ce taux équivaut, au pays de Sa Majesté, à 80 % des propriétaires de téléphones intelligents. Ce taux, jugé ambitieux par les chercheurs, permettrait même selon eux de stopper l’épidémie.

Une équipe d’économistes du comportement travaillant avec des chercheurs de l’Université d’Oxford ont sondé 6000 utilisateurs potentiels au Royaume-Uni, en France, Allemagne, Italie et aux États-Unis. Résultats : entre 67,5 % et 85,5 % des gens seraient disposés à télécharger une application pour la Covid-19. Une fois qu’on leur explique en détail son fonctionnement, le taux d’appropriation dépasse même les 80 %.

Dans la réalité, ça ne fonctionne pas. Par exemple, près de 40 % des Islandais ont téléchargé l’application gouvernementale de traçage Rakning C-19. C’est l’un des taux les plus élevés au monde. Mais les autorités ont estimé que son impact a été minime dans la lutte contre la Covid-19. À Singapour, une application similaire lancée le 20 mars avait séduit le cinquième de la population au 20 avril, ce qui se traduisait par une probabilité de 4 % que deux détenteurs de l’application puissent se croiser.

Pourquoi les gens ne téléchargent-ils pas l’application ? Ils ne sont pas au courant, n’ont pas le temps, oublient ou n’y croient pas. Ils craignent aussi la mauvaise utilisation des données ou la surveillance à distance de leurs comportements. De plus, de nombreuses personnes n’ont pas de téléphones intelligents. Au Québec, 27 % de la population ne possède pas ce type d’appareil selon le CEFRIO, notamment les aînés, surreprésentés chez les victimes de la Covid-19. On le constate, atteindre le taux d’appropriation de 56 % semble loin d’être gagné d’avance.

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Infographie : 37e AVENUE

Un article de Stéphane Desjardins, Agence Science-Presse


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