Les écrans

Du temps d’écran bien investi

Balado Les écrans ép. 5 – L’état des lieux du documentaire au Québec

Steve Proulx

Pour le cinquième épisode de la balado Les écrans, nous avons discuté avec la cinéaste et professeure à l’École des médias de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), Diane Poitras.


Diane Poitras, cinéaste et professeure à l’École des médias de l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

La réalisatrice d’une dizaine de films documentaires a codirigé, avec son collègue Marc Ménard, aussi professeur à l’UQAM, une étude sur les conditions de pratique du métier de documentariste. Les conclusions de cette recherche, réalisée en partenariat avec l’Association des réalisateurs et réalisatrices du Québec (ARRQ), ont été publiées l’automne dernier. 

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Voici un extrait de l’entrevue que Diane Poitras nous a accordée : 

Pour votre étude, vous avez mené 26 entretiens avec des documentaristes dans l’objectif de dresser un portrait fidèle du métier de documentariste. Il faut reconnaître que le portrait n’est pas encourageant…

Diane Poitras : « Pas vraiment. Non. Il faut dire qu’on s’y attendait. La raison pour laquelle cette étude a été menée, c’est que l’Association des réalisateurs et des réalisatrices voulait avoir des données précises sur une situation qui leur semblait extrêmement désolante, quant aux conditions d’exercice du métier. Mais ils avaient besoin d’une étude rigoureuse, scientifique, avec des chiffres et un échantillonnage sérieux pour pouvoir asseoir leurs intuitions et leurs revendications sur des données fiables. Moi, personnellement, mis à part quelques éléments, je n’ai pas eu de grande surprise. » 

Cela fait des années qu’on dit qu’il est difficile d’être documentariste au Québec. Ce n’était pas une surprise. Mais dans ces entretiens, qu’est-ce qui vous a surprise ?

D. P. : « Ce qui m’a surprise — je ne sais pas si c’est le bon mot —, mais beaucoup désolée en même temps, ç’a été de constater que les documentaristes, malgré tout le travail, malgré tout l’investissement, malgré les heures et les jours et les frais et les énergies et les émotions qu’ils investissent dans leur métier… Malgré tout cela, ils n’ont pas un sentiment de reconnaissance de la part du public. Ils n’ont pas véritablement un sentiment d’accomplissement. D’accomplissement, oui, ils sont contents et ils ont la passion du métier, mais l’accomplissement, c’est souvent lié à la perception de l’autre. Ils ont l’impression que leur métier n’est pas reconnu à leur juste valeur. Et ça, je trouve cela extrêmement triste parce qu’on voit qu’ils investissent leur salaire, ils investissent du temps. Il n’y a rien qu’ils refusent d’investir dans leur métier. Et finalement, ce manque de reconnaissance, c’est quelque chose qui les mine, quelque part. Je dirais que c’est ça qui m’a surprise et attristée. »

Vous avez été vous-même cinéaste. Vous avez réalisé une dizaine de documentaires dans les années 1980 et 1990. Puis, vous avez arrêté. Était-ce parce qu’il était déjà rendu trop difficile d’être documentariste ?

D.P. : « Ça, c’est intéressant de formuler la question comme ça. J’ai ralenti pour différentes raisons. J’ai réalisé mon avant-dernier film en 1997. Ensuite, je suis rentrée à l’ONF, où j’étais productrice. Je ne pouvais pas réaliser des films en même temps que je produisais les films des autres. Donc, j’y ai été là pendant quatre ans. » 

« Quand j’ai quitté l’ONF, j’ai commencé à travailler sur le film Nuits, mais bon, financièrement, ce n’était pas possible. Je n’y arrivais pas. Alors, j’ai travaillé ailleurs en même temps et j’ai décidé de retourner aux études. C’est la raison pour laquelle je suis professeure à l’UQAM. » 

« Alors je suis retournée aux études. J’ai fait une maîtrise. J’ai fait un doctorat. Et j’ai terminé mon film à la fin de mon parcours de doctorat. Donc, effectivement, c’est lié à la question économique qui celle des documentaristes. » 

« D’ailleurs, dans l’étude, il y a de nombreuses personnes qui disent : “Je vais essayer de me donner un deuxième métier”, “Je vais aller chercher une maîtrise”, “Peut-être que je pourrais enseigner au cégep ou à l’université.” Donc, c’est un parcours qui est souvent celui des gens qui ont plusieurs années de métier et qui se disent : “Il faut que j’assure ma survie et ma vieillesse.” »


La balado Les écrans est une coproduction 37e AVENUE et MonCarnet.com


PUBLIÉ LE 22/01/2021


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