Les écrans

Du temps d’écran bien investi

Covisionnement et revisionnement : être ensemble, gérer le stress

Pascaline David

Un peu plus d’un internaute canadien sur six a utilisé une application de visionnement social (ou covisionnement) pour regarder du contenu avec des amis et de la famille pendant les premiers mois de la pandémie. Si la fonctionnalité existait avant la crise sanitaire, elle a toutefois gagné en popularité.

Photo : Petter Lagson | Unsplash

Le concept de covisionnement est simple. Il s’agit de se retrouver sur des applications de messagerie, de visioconférence, des sites spécialisés ou même au téléphone pour écouter et commenter un film ou une série en simultané avec des proches.

Selon les données de l’Observateur des technologies médias (OTM), au Canada, Facebook et YouTube arrivaient en tête des plateformes les plus utilisées pour cette pratique durant la première période de confinement, au printemps 2020. Elles sont suivies de près par Teleparty, anciennement Netflix Party, qui regroupe désormais Netflix, Hulu, Disney+ et HBO.

Hulu et Amazon offrent aussi leur propre fonctionnalité « Watch Party », de même que Disney+ qui a récemment lancé « GroupWatch », permettant à sept abonnés de regarder du contenu simultanément tout en s’envoyant des émoticônes.

Être ensemble, même à distance

Depuis quelques années, et notamment chez les jeunes, le visionnement de séries et de films se fait de plus en plus de manière individuelle. La pandémie a toutefois engendré une plus forte volonté d’être ensemble et de se reconnecter aux autres, notamment pour maintenir les liens d’amitié, selon une étude britannique.

« Avant, les gens se retrouvaient pour écouter et commenter la finale d’une série comme Game of Thrones », explique Christine Thoër, professeure titulaire au Département de communication sociale et publique de l’Université du Québec à Montréal. Le covisionnement en ligne répondrait à ce même plaisir d’être réunis et de vivre une expérience commune tout en respectant la distanciation physique.

Dans le cercle familial, le covisionnement donne aussi l’occasion de créer ou de recréer des liens en renouant avec la discussion intergénérationnelle entre parents et enfants, et parfois entre frères et sœurs. « C’est un moment d’échange qui permet de mieux comprendre l’autre, d’une certaine manière », indique la chercheuse.

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Au-delà du covisionnement, le revisionnement

Cette tendance au covisionnement est souvent accompagnée d’une autre : celle du revisionnement, c’est-à-dire d’écouter un film ou une série que l’on connait déjà. D’ailleurs, 64 % des individus auraient revisionné un contenu pendant la pandémie.

Christine Thoër a étudié le phénomène, qui existe depuis l’apparition des magnétoscopes et qui est associé à des formes de nostalgie. « On cherche à revenir vers un espace connu où rien n’est imprévisible, on sait toujours à quoi s’attendre, explique-t-elle. C’est un peu comme une machine à remonter le temps. »

Cela pourrait expliquer pourquoi les sitcoms telles que Friends ou The Office, dont la dimension de groupe et de relations sociales est très présente, ont toujours beaucoup de succès. « Le stress a augmenté avec la pandémie, et le phénomène de revisionnement permet de mieux le gérer en se réfugiant dans une sorte de sanctuaire », ajoute la professeure.

Une tendance durable ?

« Il est probable que la tendance au visionnement et au jeu en groupe ne disparaîtra pas de sitôt, puisque les Canadiens se sont montrés plus friands d’expériences en ligne partagées comme le covisionnement d’émissions de télé ou les séances de jeu en compétition avec des amis dans un environnement virtuel », estime Catherine Mathys dans le rapport des tendances du Fonds canadien des médias dont elle est directrice de la veille stratégique.

C’est aussi l’avis de Christine Thoër, qui croit que ces pratiques pourraient durer encore un certain nombre d’années, puisqu’elles s’apparentent à des rituels qui ont eu le temps de s’ancrer dans le quotidien.


PUBLIÉ LE 06/04/2021


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