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Confinement : la musique en continu en sourdine

Publié le 01/05/2020 | par Philippe Couture

Le confinement, un temps pour découvrir de la nouvelle musique, réorganiser ses listes d’écoute et remplir ses oreilles de bon son ? En fait, pas vraiment.

Earbuds
Photo : Mac Cervantes|Unsplash

Alors que les visionnements sur les plateformes vidéo ont explosé, l’écoute musicale en continu est en chute libre. Pistes de réflexion.

On aurait pu croire que la musique devienne reine de nos foyers, pour accompagner la journée de télétravail, le repas solitaire du confiné ou la réalisation d’un bricolage géant avec les enfants. Il n’en est rien. Quand la routine déraille, les habitudes d’écoute musicale dévient aussi de leur trajectoire.

Partout dans le monde, les chiffres suivent la même pente descendante. L’Italie a été la première à constater le phénomène : les écoutes en flux continu ont chuté de 23 %, toutes plateformes confondues, de Spotify à Google Play Music en passant par Deezer, Amazon et Apple Music. Chez nos voisins américains, selon les plus récentes données de Nielsen Music/MRC data, la consommation de musique en « streaming » a baissé d’en moyenne 10 % depuis les 4 dernières semaines – à l’exception de la musique pour enfants qui connaît une augmentation de 15 % des écoutes.

Et au Québec ? Les chiffres globaux n’ont pas été divulgués pour l’instant, mais les maisons de disque voient effectivement une baisse dans leurs statistiques en temps réel. « Il y a un phénomène indéniable de chute de l’écoute en continu pour nos artistes », confirme Alixe Hennessey-Dubuc, directrice promotion et marketing chez Audiogram. « La baisse est d’environ 10 % à 15 % pour le mois d’avril dans notre cas », ajoute Bruno Ledoux, directeur marketing chez Dare To Care, qui précise toutefois que « ces chiffres sont aussi influencés par l’absence de sorties d’albums ces dernières semaines ».

Il faut certes nuancer le portrait, mais, une chose est sûre : les plateformes de vidéo à la demande sont massivement favorisées par les consommateurs en temps de pandémie. Les chiffres américains de MRC data montrent que les abonnés ont augmenté considérablement leurs visionnements de films et de séries, mais aussi que les plateformes ont gagné de nombreux nouveaux adeptes : 81 % des nouveaux abonnements à un service de flux continu ont été accordés à des plateformes vidéo, contre seulement 38 % aux plateformes musicales, Spotify en tête, suivi d’Apple Music.

« On sait aussi que les gens consacrent bien davantage de leur temps d’écoute aux contenus d’information et particulièrement aux nouvelles en continu à la télé ou sur Internet », ajoute Bruno Ledoux.

La musique et la routine

La situation révèle surtout que nos habitudes d’écoute musicale sont intrinsèquement liées au métro-boulot-dodo. « En temps normal, les pics d’écoute ont lieu en début et en fin de journée et sont clairement liés aux moments de déplacement vers le boulot, analyse Alixe Hennessey-Dubuc. Cette écoute-là diminue en ce moment, ainsi que les écoutes liées à des activités rendues impossibles par le confinement, comme l’entraînement en salle ou le cours de danse du mardi soir. »

Quoi d’autre ? « La fermeture des cafés, bars et restos fait très mal » il y a effectivement de fortes chances que votre café du coin soit branché toute la journée à Spotify : des écoutes perdues à jamais en cette étrange période de fermeture des établissements.



Inquiétudes et espoirs

Chez Audiogram comme chez Dare To Care, à l’image de l’ensemble de l’industrie musicale, on prend la chose au sérieux, mais on garde espoir. « On essaie déjà de toute façon de ne pas miser seulement sur le streaming, qui n’est qu’une fraction des revenus de nos artistes, explique Bruno Ledoux. L’annulation des spectacles est bien plus dramatique pour nous. Cela dit, à long terme, le numérique demeure une tendance lourde et un vecteur de grandes opportunités pour nos artistes. Le streaming est là pour rester – je suis convaincu qu’il y aura un regain sous peu. »

Pendant ce temps, Spotify a annoncé vouloir combler le manque en mettant en place un système de donation directe aux artistes par les auditeurs : une initiative accueillie froidement par le milieu musical, qui y voit une manière de transférer le fardeau sur les déjà frêles épaules des artistes et qui préférerait plutôt voir le géant modifier sa structure de rémunération, jugée inéquitable. L’initiative de Bandcamp, qui a renoncé à sa commission toute la journée du 1er mai pour verser directement toutes les recettes aux artistes, est quant à elle assez unanimement applaudie.

Dans le tumulte, petit baume pour l’industrie musicale : les visionnements de vidéoclips sur YouTube sont en hausse de 13 %, autre reflet d’un certain rejet de l’audio au profit de l’image, mais pas nécessairement d’un désaveu de la musique. Et parmi ceux qui écoutent toujours de la musique sur leur plateforme audio préférée, 62 % ont tout de même profité du confinement pour découvrir de nouveaux artistes (toujours selon les chiffres de Nielsen/MRC).


À lire :
How to Reach Fans During Coronavirus: 4 Key Insights From New Nielsen Music/MRC Data Study


Philippe Couture

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