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Le Bye Bye n’est pas un service essentiel

Steve Proulx

Radio-Canada nous a offert son Bye Bye encore cette année. Et encore cette année, on a semblé nourrir des attentes démesurées pour cette revue humoristique des événements de l’année qui n’est pourtant rien d’autre… qu’une revue humoristique des événements de l’année.

Les deux visages de 2020 : le Dr Horacio Arruda (Mehdi Bousaidan) et le premier ministre François Legault (Claude Legault), Bye Bye 2020. Photo : Radio-Canada

La télé ne sauve pas des vies

Commençons par la fin : Les coulisses du Bye Bye 2020, ce making-of qu’on nous sert tout de suite après la grand-messe du 31 décembre.

Avec la pandémie de COVID-19, on a vite compris que la production du Bye Bye s’est déroulée dans un contexte pas mal plus complexe que d’ordinaire. Le Purell a coulé à flots. On a embauché deux réalisateurs en réserve, au cas où une éclosion du virus menacerait la production (ce qui est presque arrivé).

On a d’ailleurs vu un réalisateur faire de l’insomnie et se gratter le ventre frénétiquement (un tic nerveux, semble-t-il) ainsi qu’un producteur se croyant carrément investi d’une mission : celle de sauver ce qui peut encore être sauvé du temps des fêtes.

On avait l’impression d’être dans un épisode de l’émission De garde 24/7, à Télé-Québec, qui nous fait entrer dans le ventre d’une salle d’urgence où des vies sont en jeu.

Hey, gang : c’est juste d’la tévé !

L’art de réinventer la tourtière

On comprend que le Bye Bye rallie beaucoup de Québécoises et de Québécois, en particulier cette année. 

On comprend aussi que l’année qui vient de s’écouler a été sans doute la plus mémorable depuis des décennies, pour un tas de mauvaises raisons. 

On comprend bien sûr que le Bye Bye est une institution télévisuelle.

On a donc voulu y mettre le paquet (et un budget à la hauteur du paquet).

Il n’en demeure pas moins qu’un Bye Bye reste ce qu’il est : 75 minutes de blagues, de sketches, de comédiens déguisés, d’invités-surprises, de clins d’œil parfois savoureux, de blagues parfois réchauffées.

C’est un moment de divertissement, qu’on regarde à la maison, un drink à la main, en attendant le décompte de minuit.

Ces dernières années (je devrais dire, ces dernières décennies), le Bye Bye s’inscrit cependant dans un contexte où l’humour est omniprésent

Combien de blagues, d’imitations et de caricatures de Donald Trump avez-vous avalées en 2020 ? Aviez-vous besoin de la version de Claude Legault ?

Le Bye Bye se donne la mission (quasi impossible) de faire rire une dernière fois de choses qui nourrissent les humoristes professionnels comme les comiques des médias sociaux depuis des mois.

Il ne faut pas chercher très loin la raison pour laquelle le Bye Bye ne fait plus autant rire qu’avant : comme l’humour est le bouillon dans lequel baigne notre culture, rendu au 31 décembre, la soupe ne goûte plus grand-chose.

Le Bye Bye est la tourtière de notre télévision. On la met sur la table la veille du Jour de l’An. On aime ou on n’aime pas trop. On en mange quand même. En revanche, il ne viendrait à personne l’idée de réinventer la tourtière pour en faire un plat surprenant. Ce serait peut-être une bonne idée; peut-être une catastrophe. On ne sait pas. On ne l’a pas essayé.

Ma critique du Bye Bye

Bref, j’ai trouvé le Bye Bye divertissant. La chanson sur la PCU interprétée par Mehdi Bousaidan était entraînante. L’intervention de la famille Bougon en Gaspésie était une belle idée.

J’ai aussi beaucoup aimé la publicité de A&W avec sœur Angèle en remplacement du gars qui fait les pubs d’A&W normalement, et dont on s’était moqué l’an dernier au Bye Bye (vous vous en souvenez ?). On lui a fait lire un texte taillé pour l’entendre rouler ses « r ». Bon flash.

Le reste de la soirée

Comme les années précédentes, j’ai trouvé les autres propositions de Radio-Canada pour la soirée du 31 décembre plus intéressantes que le Bye Bye.

La revue annuelle d’Infoman a été à la hauteur de mes attentes : drôle, originale, sans prétention, complice et caustique à la fois. Mention spéciale au sketch où Jean-René Dufort et Antoine Vézina se retrouvent, tour à tour, dans la tête du Dr Arruda et de Donald Trump.

Et le clou du spectacle, le cadeau de Jean-René Dufort au Dr Arruda — un câlin sous pellicule plastique, était juste parfait.

On ne pouvait pas mieux trouver comme image pour clore cette année de m…

De son côté, l’émission de fin d’année d’En direct de l’univers était encore une fois impressionnante, avec des moments d’émotions et de grande intensité. Mention spéciale à l’orchestre du personnel soignant (baptisé Band Aid). 

Si quelqu’un à Radio-Canada avait le goût de réinventer la tourtière l’année prochaine, il me semble que ce serait bien de repousser cette émission spéciale à un peu plus tard dans la soirée, et d’y ajouter un décompte à la fin pour accueillir la nouvelle année.

Ce serait audacieux.


PUBLIÉ LE 01/01/2021


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