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Des séries télévisées pour inspirer les auteurs de balados

Stéphane Berthomet

Lorsque j’ai commencé à écrire des séries documentaires en balado en 2017, j’avais pour ambition de m’inspirer de séries télévisées qui étaient, pour moi, des modèles de storytelling.


Il peut sembler étrange, tandis que le genre « true crime » prenait son envol après le succès phénoménal du podcast Serial, d’avoir choisi des séries télévisées comme source d’inspiration pour raconter des histoires audio.

C’est que, selon moi, il n’y a aucune différence entre une bonne histoire documentaire à la télévision et un bon balado. Les techniques scénaristiques sont rigoureusement identiques et la façon de captiver et retenir son auditoire est tout à fait la même.

Je voulais donc partager avec vous les séries documentaires, mais aussi de fiction, qui ont été mes premières références, de même que celles qui sont de nouvelles sources de réflexion sur le travail scénaristique et les techniques de storytelling

Les séries documentaires de référence

Parmi les séries qui marquent un véritable tournant du genre, on ne peut passer à côté de Making a Murderer, The Keepers, The Staircase ou encore The Jinx.

Chacune d’elle marque en effet un tournant dans la manière de raconter les affaires criminelles. Et cela se caractérise en tout premier lieu par un véritable travail sur les « personnages » clés qui sont au cœur de ces histoires. Des « héros » qui incarnent les archétypes typiques des règles du storytelling.

Ainsi, on se surprend à vouloir croire en l’innocence du redneck Steven Avery dans Making a Murderer, tandis que Michael Peterson porte magnifiquement bien le costume du mari éploré soupçonné du meurtre de sa femme dans The Staircase

Dans The Keepers, ce sont les grand-mères enquêtrices qui nous rappellent la Miss Marple d’Agatha Christie. Enfin, dans The Jinx, Robert Durst, suspecté de plusieurs meurtres, est aussi inquiétant et dérangé qu’un personnage créé par Alfred Hitchcock.

Le deuxième point fort de ces séries est aussi d’analyser et de décrypter avec précision — et parfois un certain parti pris — les mécanismes policiers et judiciaires, posant ainsi les véritables bases du true crime moderne.

Le troisième point essentiel consiste en une plongée dans un univers ou un monde particulier que l’on apprend à découvrir au fil des épisodes, comme le milieu religieux dans The Keepers, l’Amérique profonde dans Making a Murderer ou encore la richesse et la réussite dans The Jinx et The Staircase.

Enfin, les rebondissements sont nombreux et habilement répartis tout au long de chaque série. Chaque épisode comporte un hook final destiné à susciter une envie irrépressible de regarder le suivant. Des règles scénaristiques qui sont aujourd’hui devenues des incontournables du genre.

Mention spéciale à The Jinx, dont la séquence finale constitue indiscutablement le graal de tout bon documentariste. 

Il faut souligner tout de même que la série Making a Murderer, et plus encore The Jinx, ont pris certaines libertés pour raconter la façon dont les faits et l’enquête s’articulent dans le temps, et ce, dans le simple but de renforcer certains éléments dramatiques du récit. 

Un travail scénaristique qui pose plus d’une fois la question de ce qu’il est raisonnable ou pas de faire en documentaire pour créer un scénario fascinant tout en respectant les faits. Voilà qui nous conduit tout naturellement à la fiction, dont certains codes narratifs ont été clairement empruntés par les séries documentaires que je viens d’évoquer.

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La fiction aussi est une source d’inspiration

La création n’est pas un univers fermé. Ces dernières années, plusieurs séries de fiction ont nourri mes réflexions sur la construction scénaristique d’un récit documentaire.

À commencer par Le bureau des légendes, série française d’espionnage devenue un véritable phénomène télévisuel. Pour qui veut raconter des histoires — qu’elles soient vraies ou fictives — cette série est un modèle d’équilibre entre la grande histoire (les enjeux géopolitiques et l’espionnage) et le parcours individuel de chaque personnage avec ses forces et ses faiblesses.

Et contrairement au célèbre Homeland, le tout mis en scène sans aucun manichéisme. 

Dans un genre très différent, Le maître du haut château (une uchronie tirée d’un roman de Philip K. Dick) est un exemple de maestria dans la construction de la courbe dramatique de chacun des personnages, qui doit faire face à des enjeux personnels forts tout en évoluant au sein d’une arche narrative globale d’une grande complexité. 

Enfin, plus proche de nous, la série québécoise C’est comme ça que je t’aime est un petit bijou d’imagination et de délire scénaristique. Les personnages principaux empruntent ici les caractéristiques des loosers magnifiques qui deviennent, malgré leur amateurisme, plus dangereux que les professionnels du crime eux-mêmes. On utilise ici volontairement le personnage de série B pour, comme l’explique Hitchcock, partir d’une caricature plutôt que d’y arriver. 

Une véritable leçon de scénarisation sur le thème de messieurs et madames Tout-le-Monde, embarqués un peu malgré eux dans une aventure criminelle dont ils ne sortiront pas indemnes. 

De quoi animer vos prochaines soirées et alimenter votre réflexion si vous avez décidé de vous consacrer à un projet d’écriture, quel qu’il soit.

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PUBLIÉ LE 05/01/2021


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