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Ce bon vieux balado

Publié le 04/06/2020 | par Stéphane Berthomet

Avez-vous remarqué combien on présente souvent le balado comme « un nouveau média » ?

En balado Stéphane Berthomet
Illustration : Syuzann q | Adobe Stock

Pourtant, autant au Québec qu’aux États-Unis ou en France, la baladodiffusion n’est pas née d’hier même si le succès phénoménal de Serial dès sa sortie en 2014 — cinq millions de téléchargements et d’écoutes en quelques semaines à peine — a pu laisser penser à beaucoup de gens qu’il s’agissait d’un nouveau médium dans le milieu audionumérique…

Il faut dire qu’il y a six ans, l’univers des balados n’était encore qu’une galaxie inconnue dans laquelle naviguaient sur le Web d’étranges productions sonores dont on se demandait en premier lieu comment faire pour les écouter…

Mais revenons en arrière de plusieurs décennies, ici au Québec, où quelques pionniers ont lancé, il y a juste 25 ans, les premiers ponts entre la radio et le balado.

Quel a été le premier balado québécois ?

En juin 1995, en parallèle du magazine radiophonique Radionet@ diffusé sur la Première chaîne de Radio-Canada et animé par Claude Bernatchez, Bruno Guglielminetti mettait en ligne une « version longue » de l’émission qui pouvait être écoutée depuis un site web et même téléchargée…

Les puristes diront que ce n’était pas tout à fait du balado puisque le RSS (Really Simple Syndication) qui est, pour faire simple, le véhicule par lequel on s’abonne à un balado, n’était pas encore inventé… Ils ont en grande partie raison.

D’autres diront que rendre disponible en ligne une version longue de 45 minutes d’une émission radio qui durait alors 30 minutes, ce n’est pas loin de ce qu’on appelle aujourd’hui un balado… Et ils n’auront pas tort non plus.

Dès le début, cette émission numérique atteignit les 2000 téléchargements par semaine, un chiffre qui ferait envie encore aujourd’hui à beaucoup de ceux et de celles qui se lancent dans la création de contenu sous cette forme…

En 2003, Bruno Guglielminetti lançait « Les carnets technos » qui sont devenus ensuite le populaire balado « Mon Carnet », dont chaque édition donne désormais lieu à quelque 10 000 téléchargements.

Selon Sylvain Grand’Maison, auteur du balado « QUÉBECBALADO », créé en 2006, et grand connaisseur du monde de la baladodiffusion, le tout premier balado québécois est « In over your head », crée par Julien Smith (aujourd’hui à la tête de l’entreprise Breather) en septembre 2004.

Il est suivi de près par le balado de discussion « Bob and the AJ show » de Bob Goyetche et son coanimateur André Jean.

Bien que les créateurs de ces premiers balados mis en ligne dans la province soient québécois francophones et bilingues, leurs émissions étaient toutes deux en anglais.

Il y a eu la grève dans la LNH…

Sylvain Grand’Maison, qui a bien connu Bob Goyetche, aujourd’hui décédé, se souvient des raisons qui l’ont poussé à se lancer dans l’aventure du balado. « Goyetche et André Jean ont commencé à faire du podcast à cause de la grève dans la LNH qui a mené à l’annulation complète de la saison 2004-2005. Ils ne savaient plus quoi faire de leurs soirées et Bob, qui travaillait chez IBM et était très geek, avait entendu parler du podcasting. Comme ils avaient fait de la radio pirate et que Bob faisait de la musique, ils avaient tout l’équipement qu’il fallait pour le podcasting. »

Au cours de la même période, Marie-Chantal Turgeon lançait, après avoir tenu un blogue pendant plusieurs années, son balado « Vu d’ici » qui traitait de la musique émergente au Québec.

Et tandis que la webradio ARTE Radio, considérée comme l’une des pionnières du balado en France, mettait en ligne ses premiers balados, pendant ce temps aux États-Unis, le PEW Research Center notait en 2005 que sur les 22 millions d’Américains en possession de baladeurs numériques, déjà 6 millions téléchargent régulièrement des podcasts. Une étude de Madden & Jones montre qu’en 2008, 19 % des utilisateurs d’Internet téléchargent déjà des balados.

Pourtant, ainsi que le souligne au Québec en 2010 Mélanie Millette dans l’ouvrage collectif Web social, mutation de la communication : « le podcasting reste l’un des phénomènes les moins étudiés des usages du Web participatif ». Et d’ajouter que : « les rares chercheurs qui s’y intéressent ne s’entendent pas sur une définition de ce qu’est le podcasting. » Une réflexion qui est encore d’actualité !

…puis iTunes arriva

Pour Sylvain Grand’Maison autant que pour Bruno Guglielminetti, le véritable tournant dans l’histoire du balado se situe en 2005 lorsqu’iTunes (devenu depuis l’application Balados) a pour la première fois intégré le balado à son offre numérique.

En ouvrant ses portes à cette nouvelle forme de contenu, iTunes offrait en effet à la baladodiffusion un accès sans précédent à un large public déjà acquis à l’utilisation de l’application d’Apple.

On comprend ainsi que chaque fois qu’une barrière numérique tombe, (invention du baladeur numérique et ouverture d’iTunes au balado) le « produit » balado progresse en touchant une clientèle plus large et plus diversifiée. Mais de l’auditeur un peu techno au néophyte, il y avait encore un grand pas à franchir. Et comme pour tout produit, la marche est très haute entre les primo adoptants et le marché de masse.

C’est là que le succès de Serial, auprès d’un public plus large que jamais auparavant a certainement joué un grand rôle dans la démocratisation du balado… mais pas seulement.

De l’ombre à la lumière

Comme le rappelle Bruno Guglielminetti : « Ce qui a aidé au succès de Serial, c’est lorsque les médias traditionnels se sont mis à en parler ». Il est en effet intéressant de souligner que bien qu’ils aient tracé leur propre voie en marge des médias traditionnels, ce sont ces derniers qui ont probablement été l’un des leviers les plus importants sur la route du succès des balados auprès du public.

Désormais, de nombreux journaux et magazines leur ont ouvert leurs pages et publient régulièrement des articles et des critiques sur les derniers balados en ligne tout comme ils le font avec le cinéma et Netflix.

Enfin, pour la première fois depuis sa création, le prestigieux prix Pulitzer a été décerné cette année à une enquête journalistique en balado !

Difficile désormais de douter de l’avenir de ce médium qui n’est finalement pas si nouveau sur le marché, mais dont le succès auprès du public augmente de façon exponentielle, année après année.


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Stéphane Berthomet
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6 commentaires sur “Ce bon vieux balado

  1. Merci pour cet historique du Ballado. La différence est qu’aujourd’hui, tout un chacun produisent des balados après s’être muni du matériel nécessaire.

  2. C’est un peu comme avec l’essor de la radio libre en France dans les années 80.
    Lorsque le gouvernement à libéré les ondes, beaucoup de gens se sont mis à faire de la radio et ça a donné pas mal de contenus originaux souvent très amateurs. Quelques décennies plus tard il subsiste de cette époque des radios comme Radio-Nova qui sont devenues incontournables dans le paysage audio français.
    Je crois qu’il est très bon que le balado se démocratise ainsi, ça va permettre l’émergence de nombreux nouveaux talents !

      1. Pour finir sur le sujet, je ne crois pas qu’il y ait «le bon» d’un côté et «les autres», mais plutôt un mouvement collectif dans lequel chacun fait du mieux qu’il peut avec ses moyens. De tout cela il sortira beaucoup de choses dont certaines dureront et d’autres pas…

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