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L’attaque des bad bots venus d’ailleurs…

Entre 45 % et 60 % des comptes Twitter qui publient à propos de la COVID-19 seraient des bad bots qui propagent de fausses nouvelles, selon une étude du Carnegie Mellon University’s Center for Informed Democracy & Social Cybersecurity.

Bad bots

Des bad bots de plus en plus nombreux

Lors d’autres événements extraordinaires, le pourcentage de publications faites par des bots se situait plutôt entre 10 % et 20 %.

Les résultats de cette étude s’ajoutent à ceux du Bad Bot Report 2020, réalisé cette année par la firme de cybersécurité Imperva : en 2019, près du quart de tous les usagers d’Internet (24,1 %) étaient des bad bots, soit des robots programmés pour causer des préjudices. Ces bots peuvent maintenant imiter les comportements humains en ligne, comme cliquer ou bouger un curseur. Mais, surtout, ils peuvent partager du contenu qui contribue à polariser l’opinion publique.

Les médias sociaux doivent redoubler d’efforts pour les arrêter, car ils sont de plus en plus difficiles à identifier.

Jean-Hugues Roy, professeur à l’école des médias de l’UQAM, connaît bien les robots. Il en a d’ailleurs créé sur Twitter pour comprendre leur fonctionnement. Selon lui, un bad bot est « tout compte qui est automatisé sur les réseaux sociaux ou ailleurs pour reprendre des publications ou générer du contenu artificiel ».

« Ils amplifient des messages polarisants pour les diffuser dans différents réseaux, ajoute-t-il. Twitter fait un bon travail pour les contrer, mais ça peut se faire aussi dans les Facebook, Reddit, VK et Gab de ce monde. » Le phénomène est assez présent aux États-Unis.



Un président qui n’aide pas la cause

En l’espace de quelques jours, Facebook a bloqué une publication de Donald Trump, et Twitter a cru bon avertir les lecteurs qu’un des statuts du président faisait l’apologie de la violence, alors qu’un autre est un trucage vidéo. Le président a critiqué Twitter pour avoir remis en question son autorité. Dans les heures qui ont suivi les derniers événements, le site web Bot Sentinel, qui détecte les robots sur Twitter, a analysé que les mots-clics les plus partagés par des robots étaient #Trump2020, #MAGA et #QANON, sûrement diffusés justement pour polariser le débat. Ces robots s’avèrent problématiques, car ils gonflent la popularité des idées extrémistes et influencent la politique de certains pays, notamment aux États-Unis et au Brésil.

Pas seulement chez les voisins

En fouillant dans les archives de robots bloqués par Twitter, Jean-Hugues Roy a constaté que la majorité des messages provenaient de Russie et d’Iran. Parmi eux, certains étaient en français à propos de la mosquée de Québec dans les jours qui ont suivi l’attentat. Cela fait dire à l’enseignant que « ça ne se passe pas juste aux États-Unis ou dans les pays anglo-saxons, ça peut se faire ici aussi, et en français. »

Pour M. Roy, il serait logique que les gouvernements se donnent des pouvoirs pour agir face au problème des bots. « Les états doivent mettre les entreprises devant leurs responsabilités. Le Online Harms White Paper, en Grande-Bretagne, suggérait en 2019 que l’État se donne deux pouvoirs : le premier ouvrirait les serveurs des entreprises pour que les experts aient accès aux algorithmes et aux codes pour comprendre comment ils sont faits. Le second permettrait de bloquer le contenu en provenance d’un nom de domaine délinquant. Si une entreprise comme Twitter ne répond pas de ses torts, le gouvernement se donnerait le pouvoir de bloquer le site sur le territoire de la Grande-Bretagne. »

L’idée énoncée dans le rapport du gouvernement britannique pourrait être une solution aux divers problèmes auxquels font face les décideurs et les experts. En contrepartie, bloquer un réseau comme Twitter pourrait créer de l’insatisfaction chez les utilisateurs. Difficile, donc, de changer les choses dans une situation problématique qui croît d’année en année, au grand dam de ceux qui se battent pour faire cesser les méfaits causés par ces robots…


Gabriel Provost