Les écrans

Du temps d’écran bien investi

Quel avenir pour les spectacles en ligne?

Benoît Valois-Nadeau

Dans les moments les plus sombres de la pandémie, elles sont apparues comme un baume pour les amateurs d’arts vivants. Quelques mois plus tard, on se questionne sur leur survie à long terme. Quel avenir attend les plateformes de spectacles en ligne comme Yoop ou Live dans ton salon lorsque les salles pourront à nouveau être remplies? On en a discuté avec Hervé Guay, codirecteur du Laboratoire de recherche sur les publics de la culture de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR).

Photo : Mark Thompson | Unsplash

Au Québec seulement, les plateformes Yoop, WhiteBox Play, Live Toune, Lepointdevente.com et Live dans ton salon ont pris leur envol au cours des derniers mois, sans parler des initiatives virtuelles lancées par des entités comme Juste pour rire et son festival HAHAHA.

Les spectacles en ligne vont-ils disparaitre aussi rapidement qu’ils sont apparus lorsque la situation sanitaire sera rentrée dans l’ordre?

« Il va probablement avoir une retombée de l’offre », estime le professeur Guay, qui note qu’une partie importante des productions ont été financées grâce à des sommes débloquées d’urgence par le gouvernement provincial pour aider le milieu culturel.

 « Les compagnies vont-elles continuer à produire des spectacles sous cette forme si elles n’ont pas d’incitatif financier à le faire? », se questionne-t-il.

Et le public?

Une étude publiée par Laboratoire de recherche sur les publics de la culture et la firme Synapse C en avril 2021 laissait entendre que si beaucoup de Québécois ont consommé des spectacles en ligne, la majorité les considérait comme des activités de substitution temporaires.

« Les gens peuvent apprécier un spectacle virtuel, mais il y a toujours une déperdition de plaisir, plaide Hervé Guay. C’est la même chose pour un spectacle en formule pandémique, masqué, avec un public réduit. Les gens nous disent avoir aimé ça, mais que les restrictions font perdre une partie de l’atmosphère. Cela nous indique que le caractère complet de l’expérience n’est pas totalement atteint. »



Selon le professeur de l’UQTR, « une offre restreinte en ligne pourrait tout de même demeurer pour une consommation plus irrégulière, à la carte, qui s’ajouterait à une offre culturelle déjà riche ».

Des formules hybrides, avec un public sur place et un autre à la maison, sont déjà envisagées par des plateformes comme WhiteBox Play.

Parmi les auditoires visés, on pourrait retrouver ce que les chercheurs appellent les « publics empêchés », c’est-à-dire les personnes ne pouvant assister à des spectacles pour des raisons de santé ou de mobilité, ou vivant simplement trop loin des lieux de diffusion. 

Mais encore là se pose la question de la rentabilité et du financement.

« J’ai l’impression que ceux qui peuvent profiter de ça, ce sont les grosses institutions, qui sont déjà les producteurs de spectacles qui attirent de grandes foules. Ce sont eux qui vont aller chercher une marge de gens par le numérique, croit Hervé Guay. Les plus petits établissements vont peut-être tenter leur chance pour trouver un marché de niche. Mais je pense que la majorité va trouver que le jeu n’en vaut pas la chandelle. S’il faut investir 25 000 $ de plus en tournage pour une production régulière, ça fait cher du billet. »


PUBLIÉ LE 25/05/2021


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