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Au Québec aussi, MSN remplace ses éditeurs par un algorithme

Steve Proulx

Au Québec comme ailleurs, le portail MSN de Microsoft mise maintenant sur l’IA, plutôt que sur des humains, pour gérer sa page d’accueil.

MSN Algorithme

Les premiers articles concernant cette nouvelle avaient de quoi donner des sueurs froides aux journalistes qui croyaient encore leur métier à l’abri de l’automatisation.

« Microsoft congédie des journalistes pour les remplacer par des robots » titrait The Guardian

L’article, paru fin mai, mentionnait que 27 personnes travaillant pour un sous-traitant de Microsoft au Royaume-Uni perdraient leur emploi dans un mois. Le géant de Redmond a en effet décidé de « cesser d’employer des humains pour sélectionner, éditer et organiser les contenus » de la page d’accueil de MSN et de son fureteur Edge.

Au Québec aussi

Le plan de Microsoft n’est pas limité au Royaume-Uni. On rapporte qu’au moins 50 sous-traitants de MSN ont été informés il y a quelques semaines que leurs services ne seraient plus requis après le 30 juin.

La vague d’automatisation n’a pas épargné le Québec. À Montréal, quatorze employés du sous-traitant Conseil Teaminside, qui travaillaient sur le projet Microsoft, ont perdu leur emploi. Parmi ceux-ci, des rédacteurs/traducteurs et des éditeurs.

« Maintenant, il ne reste que 4 éditeurs, qui font essentiellement du survol qualité sur MSN, souligne une source proche du dossier. L’algorithme fait le boulot et les éditeurs doivent veiller à ce qui se publie soit de qualité. »



Quand les algorithmes font la une

Les éditeurs congédiés par Microsoft ne sont pas, à proprement parler, des journalistes. Ces travailleurs devaient sélectionner parmi différents fils de presse les nouvelles qui devaient apparaître sur la page d’accueil de MSN, et adapter les titres et les introductions en respectant les règles de la politique éditoriale du portail.

Que Microsoft choisisse de confier à un algorithme le tri des nouvelles à publier n’est pas une nouvelle à ce point étonnante. Google News est aussi géré par un algorithme. De son côté, Apple a fait le choix d’utiliser à la fois un algorithme et des humains pour gérer les contenus de son app Apple News.

Une récente étude s’est d’ailleurs penchée sur la question : existe-t-il des différences notables entre les nouvelles sélectionnées par un algorithme et celles choisies « à la main » par des humains ? Il semble que oui. 

En analysant les contenus diffusés sur Apple News aux États-Unis pendant une période de deux mois, Mac O’Clock a remarqué que les algorithmes avaient tendance à puiser les nouvelles auprès d’un moins grand nombre de sources, en privilégiant CNN, Fox News ou BuzzFeed (voir tableau).

Algorithme Éditeurs Humains

Les algorithmes avaient aussi une préférence pour les nouvelles « légères » (celles concernant les célébrités, ou la dernière frasque du président des États-Unis). 

Les humains, en revanche, avaient tendance à choisir des nouvelles plus « importantes », à sélectionner des contenus de plus grande qualité concernant, par exemple, la pandémie de COVID-19.

La robotisation du journalisme : c’est pour quand ?

Pour une tâche de triage de nouvelles que l’on pourrait qualifier d’assez « mécanique », il semble donc que les humains aient encore une contribution utile à fournir. Il n’en demeure pas moins que les algorithmes se raffineront forcément. La « touche humaine » pourrait être moins visible d’ici quelques années.

En revanche, si l’IA est actuellement capable d’écrire des articles simples, comme des comptes-rendus de matchs sportifs ou des résumés de résultats financiers, on ne s’attend pas à ce que des robots réalisent des entrevues de fond, cultivent leurs sources, dénichent des scoops ou pondent des chroniques d’opinion de sitôt.

Le journalisme de qualité sera encore réalisé par des humains pour un bon moment.

Cela dit, l’intelligence artificielle a sa place dans les salles de rédaction, comme l’écrivait il y a quelques semaines le responsable du programme de baccalauréat en journalisme de l’UQAM, Patrick White : « L’IA […] fait partie d’un nouveau modèle d’affaires basé sur la fin des silos au sein des médias. »

Au lieu de considérer l’intelligence artificielle comme une “voleuse de jobs”, Patrick White croit qu’elle permettra d’enrichir le travail du journaliste. L’IA, par exemple, peut dégager le journaliste de certaines tâches à faible valeur ajoutée (la retranscription d’entrevues) afin de lui permettre de se concentrer sur ce qui fait sa force : la production d’informations rigoureuses, importantes, exclusives.

Ce n’est pas demain la veille qu’un robot sortira le scoop du siècle. Mais il pourrait donner un bon coup de main.