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Dans l’œil du cyclone : un an de conférences de presse en pandémie

Benoît Valois-Nadeau

Au cœur d’une crise sanitaire mondiale, sous le regard d’un public parfois hostile et avec un accès aux élus plus restreint que jamais, des hommes et des femmes talonnent le gouvernement sur sa gestion de la pandémie de COVID-19. Regard sur le travail des correspondants parlementaires à l’Assemblée nationale.

Photo : Facebook (@FrancoisLegaultPremierMinistre)

Depuis un peu plus d’un an, les conférences de presse du premier ministre François Legault sont devenues des rendez-vous prisés des Québécois. Elles sont d’ailleurs accessibles partout et en tout temps sur une variété de plateformes.

Pour les journalistes de l’Assemblée nationale, c’est plutôt le moment où ils peuvent faire leur travail.

« Ces conférences de presse sont le seul rendez-vous avec les décideurs politiques et les hauts responsables de la santé publique », explique Marco Bélair-Cirino, correspondant du Devoir et président de la Tribune de la presse du Parlement du Québec.

Un quotidien chamboulé

Les mesures sanitaires ont toutefois considérablement modifié le quotidien de ceux et celles qui arpentaient les couloirs de l’Assemblée nationale.

Dans les conditions actuelles, impossible de faire le pied de grue devant les portes du Salon bleu avant l’entrée des députés ou d’intercepter un ministre pour le questionner sur l’actualité du jour. Fini également le point de presse impromptu du premier ministre avant le début de la période des questions.

Le travail des journalistes s’effectue maintenant dans l’étroite salle Évelyne-Dumas de l’Assemblée nationale, dans une formule beaucoup plus encadrée, avec un modérateur (le président de la Tribune) et un nombre fixe de questions par journaliste.

« Ça nous empêche un peu de nous lancer la balle entre journalistes, explique François Carabin, correspondant du journal Métro, qui s’est joint à la tribune de presse en pleine pandémie. Normalement, les journalistes peuvent se relancer entre eux pour talonner un ministre et obtenir une réponse. Maintenant, lorsque tu changes de journaliste, tu changes de sujet. Ce n’est pas idéal comme cadre, mais c’est mieux que rien. »

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Sous l’œil du public

Autre nouveauté, le travail des correspondants se déroule maintenant sous le regard du public. Le 6 janvier dernier, lorsque le premier ministre a annoncé la mise en place d’un couvre-feu, près de 3,5 millions de Québécois étaient devant leur téléviseur, un auditoire qui s’apparente à celui du Bye bye.

« J’étais conscient qu’il y avait un auditoire important, mais c’est seulement après coup que tu réalises qu’il y a de la pression et des yeux tournés vers toi. Ça vient avec un certain trac et une pression de connaitre ses dossiers. Ça demande une plus grande préparation pour éviter d’avoir des angles morts dans sa question », précise François Carabin.

La diffusion à grande échelle des points de presse gouvernementaux amène aussi son lot de réactions du public.

« Dans les premières semaines de la crise, il y avait un grand mouvement de solidarité avec le gouvernement. Dès que tu demandais des comptes ou exposais des failles dans l’organisation de la lutte de la COVID, tu recevais des critiques par courriel ou sur les réseaux sociaux », rappelle Marco Bélair-Cirino.

Le ton a changé depuis, mais l’attention portée au point de presse demeure énorme.

« Je ne sais pas si c’est nous les journalistes qui l’imposons ou que ça vient du poids de l’auditoire, mais il y a une pression à poser des questions sur la COVID parce que c’est nécessairement le sujet du jour, soutient François Carabin. La diversité d’information en pâtit. »

Malgré tout, ces journalistes ne changeraient pas de place avec qui que ce soit.

« On a l’impression d’écrire l’histoire jour après jour, illustre Marco Bélair-Cirino.

« J’ai eu la chance d’être sur place quand le gouvernement a mis sur pause l’économie ou a lancé le recrutement des 10 000 préposés aux bénéficiaires, continue-t-il. Ce sont des moments charnières. Ça donne un certain vertige. C’est un privilège d’être là ; sur 8 millions de Québécois, c’est toi qui peux poser des questions. »


PUBLIÉ LE 13/04/2021


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