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L’autre « 1% »

On connaît le fameux « 1% », ce gratin de gens bien nantis qui accapare à lui seul plus de la moitié de la richesse mondiale.

anti-masque

Parlons maintenant de l’autre « 1% » : ce gratin de pauvres cabochons qui accapare la moitié de l’attention médiatique.

À l’ère des grandes causes

Je n’ai pas eu à chercher très loin sur mon fil de nouvelles Facebook pour retrouver cette photo qui circulait abondamment, hier. Elle montre un petit groupe d’opposants au port obligatoire du masque, avec en avant-plan un type enveloppé dans son capuchon et arborant un t-shirt déclarant : « Je dis non à la dictature du peuple ».

J’ai d’abord cherché à en apprendre davantage sur le concept de « dictature du peuple ».

Il s’avère que l’idée est apparue à l’époque de la Révolution française. Elle a ensuite été développée par Karl Marx (et d’autres penseurs du même acabit) à la fin du XIXe siècle. 

La « dictature du peuple », en gros, se veut une phase transitoire entre deux systèmes politiques : la classe ouvrière se soulève, écarte la bourgeoisie et se libère du joug capitaliste. Puis, elle supprime la propriété privée afin de préparer le terrain pour l’éclosion d’une société communiste.

C’est fou tout ce qu’on peut apprendre en lisant un t-shirt.

Bien sûr, 99% des gens n’oseraient jamais associer une telle théorie politique à une réglementation temporaire visant à rendre obligatoire le port du masque dans les commerces afin de lutter contre la propagation du coronavirus.

Ce serait trop débile.

Mais 1% de la population ose. Et c’est ce qui fait la beauté de notre démocratie : les idées circulent librement, les grandes idées comme les théories à deux cennes.

Pourquoi sommes-nous fascinés par l’autre « 1% » ?

L’ennui, c’est qu’en étant dissonantes, choquantes, troublantes ou juste carrément stupides, les idées de l’autre « 1% » ont le don de se répandre beaucoup plus vite que les grandes idées dans les médias sociaux.

On peut identifier un coupable : 99% de la population. À peu près tout le monde, en somme. 

Tout le monde partage les photos ou les vidéos de ces covidiots prêts à déchirer leur chemise en public pour défendre leur « libarté » de ne pas porter de masque.

L’autre « 1% » ne fait pas le poids, démographiquement parlant, mais son ridicule fascine le 99% de la population. Ceux-là n’en reviennent juste pas. Et en partageant les élucubrations d’une infime minorité, ils donnent une visibilité démesurée à leurs idées marginales.

Pendant ce temps, les bonnes et les grandes idées ne font aucune vague.

99% : cultivons l’indifférence!

Comme les virus, les idées meurent lorsqu’elles cessent de circuler.

Et si 99% de la population qui n’est pas complètement à côté de la plaque cessait de s’offusquer de la moindre théorie débile colportée par l’autre « 1% »?

Si on s’en branlait, tout simplement?

Si on cultivait l’indifférence?

Et si, par la même occasion, on se passait le mot pour ne répandre dans les médias sociaux que les idées qui nous élèvent? 



En terminant… les militants anti-masque n’ont rien inventé

En pleine grippe espagnole, en 1918, un chauffeur de tramway de San Francisco refuse de laisser entrer un passager « avec pas d’masque ».
Photo : U.S. National Archives

En 1918, à San Francisco, en pleine grippe espagnole, les groupes anti-masque existaient aussi. Et ils avaient grosso-modo les mêmes arguments qu’aujourd’hui :

Protesting During A Pandemic Isn’t New: Meet The Anti-Mask League Of 1918 (Forbes, 29 avril 2020)


Steve Proulx