Les écrans

Du temps d’écran bien investi

Anne Boyer rêve d’une percée internationale pour la série Mon fils

Philippe Couture

La minisérie québécoise Mon fils fait partie d’une prestigieuse sélection de 12 titres à la Berlinale, où se décide de plus en plus le destin international des séries. L’autrice et productrice Anne Boyer pavoise de fierté.

Photo : Anne Boyer

La Berlinale se déroule entièrement en ligne cette année, mais arrivez-vous néanmoins à en vivre la frénésie à distance ?

Anne Boyer : « Ce qui est certain, c’est que notre fierté d’avoir été sélectionné dans le Berlinale Series Market n’est pas moins grande. J’aurais préféré me rendre à Berlin pour me consacrer pleinement au festival toute la semaine, c’est certain. Depuis que la Berlinale, traditionnellement un festival de cinéma, a commencé à consacrer des programmes aux contenus télé il y a quelques années, son influence ne cesse de grandir dans les milieux télévisuels et on est vraiment ravis de l’attention internationale que cela attire sur la série. La sélection Series Market est un tout nouveau volet cette année et on a été flattés d’être considérés parmi des séries jugées à haut potentiel international. Non seulement c’est un privilège pour mon coauteur-coproducteur Michel D’Astous et moi, mais c’est aussi une vitrine extraordinaire pour les séries québécoises en général. Chez Duo Productions, on n’est pas nécessairement habitués à cette attention internationale. Je ne vous cacherai pas que ça nous fait rêver. »

À votre avis, pourquoi la série a-t-elle été sélectionnée ? Qu’est-ce qui lui donne un fort potentiel international ?

A.B. : « Michel et moi écrivons beaucoup de séries annuelles — des téléromans que l’on sait peu exportables. Mais le format de Mon fils est plus propice à séduire un public international, par sa narration condensée en six épisodes. J’ai l’impression qu’on a réussi à aller en profondeur dans le sujet de la maladie mentale tout en étant concis et percutant. Le personnage de Jacob, joué par Antoine L’Écuyer, souffre de schizophrénie et c’est une maladie taboue, dont personne ne parle. Ou alors on la représente de façon clichée, exagérée. Elle est souvent dépeinte comme une maladie qui ne touche que des milieux défavorisés ou des personnes déjà très démunies. Ce n’est pas le cas. Jacob a toutes les cartes en main dans sa vie, mais il n’échappe tout de même pas à la maladie. Toutes ces raisons ont pu séduire la Berlinale, ainsi que la puissance de la relation mère-fils. C’est une série bien québécoise, mais on a cherché à la rendre la plus universelle possible. »

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Croyez-vous que l’issue positive de la série la rende particulièrement originale ?

A.B. : « C’est vrai que les séries sur la maladie mentale n’ont pas toujours cette note d’espoir. C’est une singularité. Michel et moi sommes d’indécrottables optimistes. Mais, la réalité est qu’en 2021, avec les ressources qui ont été développées ces 20 dernières années, on peut mieux vivre avec la schizophrénie qu’avant. Et c’est important de représenter cette réalité avec toutes les nuances qui s’imposent. »

Est-ce que le téléphone a commencé à sonner ? Quels échos reçoit déjà la série après cinq jours de festival ?

A.B. : « À ce stade, il est plus facile de mesurer la réception critique dans la presse. On est très contents d’avoir eu déjà un article dans Variety, qui insiste entre autres sur le drame familial dépeint dans la série et le désarroi des parents, qui est effectivement un élément du scénario qui nous est très cher. Même si Marielle et Vincent sont des parents très bien armés, ils sont déconcertés à juste titre par la maladie mentale. Le magazine Drama Quarterly a choisi un angle similaire. Sinon, si je peux citer ma collègue Christine Maestracci, vice-présidente Acquisitions et Distribution internationale chez Québecor Contenu, il faut déjà se réjouir que la série soit soutenue à l’international par deux gros distributeurs, notamment Oble Entertainment en Europe, qui multiplie les efforts sur le terrain ces jours-ci et qui est un distributeur extrêmement dynamique. On est persuadés qu’on pourra annoncer très bientôt d’excellentes nouvelles. Ce qui est certain, c’est qu’aujourd’hui, le public international est ouvert à des contenus étrangers et que le timing semble être le bon. »

Nous sommes aussi dans un contexte où la langue n’est plus un frein à un rayonnement hors de la francophonie…

A.B. : « Absolument. D’ailleurs, je trouve que ça nous fait réaliser à quel point la France n’est pas toujours notre marché naturel, en comparaison de pays comme l’Allemagne ou comme les pays nordiques qui semblent mieux comprendre les univers fictionnels québécois ou même se reconnaître davantage dans les codes de jeu de nos acteurs. C’est aussi vrai dans l’autre sens : je me sens personnellement plus proche des univers des séries norvégiennes. Elles sont davantage en dialogue avec notre québécitude. Il y a un autre élément à souligner : le jeu d’acteur est un langage universel et, avec des acteurs aussi fabuleux qu’Antoine L’Écuyer et Élise Guilbault, les surtitres permettent un accès à l’entièreté de cette performance, peu importe la langue parlée par le spectateur. Michel et moi travaillons essentiellement au Québec, mais c’est peut-être un signal qu’on doit commencer à penser davantage en fonction de l’international. Qui sait ! »

Qu’est-ce qui se dessine pour votre boîte de production pour la prochaine année ?

A.B. : « Des projets plus locaux, pour l’instant. Duo Productions est ravi de mettre de l’avant au cours des prochains mois des projets écrits par d’autres auteurs que Michel et moi. La série Nous, écrite par Dominick Parenteau-Lebœuf, va faire jaser. C’est très bien écrit, et on aime beaucoup Dominick, qui vient du théâtre jeune public. On vient aussi de terminer le tournage d’une série écrite par François Pagé et réalisée par Yannick Savard, qui n’a pas encore de titre, mais qui est passionnante. Elle raconte l’histoire d’un homme qui se réveille dans une cellule sans trop savoir pourquoi il est là, avec d’autres gens avec qui il se découvre des liens mystérieux. Il y aura plein d’effets spéciaux, des trucs qu’on ne voit pas souvent à la télé québécoise. C’est bien excitant. »

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Mon fils était l’unique série canadienne programmée au Berlinale Series Market cette année. À voir sur Club illico.


PUBLIÉ LE 05/03/2021


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